CHAPITRE VIL
u II y a quatre ou cinq ans , dit IoihI Suffolk , que partait pour la campagne , je laissai pour garder ma maison en ville , une ancienne et fidèle servante. Je revins quatre ou cinq jours après , et je découvris , à ma grande surprise , que ma domestique avait fui pendant mon absence, emportant avec elle une grande quantité de vaisselle et d'autres objets. Plusieurs raisons m'empêchèrent de poursuivre cette malheureuse créature. Elle était âgée , et de nombreuses infirmités indiquaient sa fin prochaine ; elle avait été la dupe d'un scélérat qui l'avait instiguée à ce vol ; elle était sans ami, elle était pauvre. Le devoir me traçait la route que j'avais à suivre ; je savais que je devais de suite porter ma plainte au magisti^at, qui aurait fait aiTeter la coupable ; que j'aurais dû comparaiti^e devant une cour de justice comme son dénonciateur, et que j'aurais empoisonné ma vie par le remords d'avoir contribué à abréger la sienne : l'humanité l'emporta sur la justice et le devoir. Je fus obligé d'abandonner ainsi à l'impunité un être très-coupable, parce que ta loi démon pays ne m'ofrait d'autre châtiment que la mort (i). »
Ces deux exemples suffisent pour doniier une idée de l'aversion que doit éprouver tout ami de la justice et de l'humanité, à devenir en quelque soi*te le complice de ces lois atroces que rien n'excuse , que tout réprouve.
C*est peut-être à cette seule cause que l'on doit attribuer la disproportion frappante entre le nombrede prévenus de vols punis de mort et celuides individus jugés pour ces mêmes offenses.
séance du 9 ferrier 1810. ( Bills concernant Tabolition de la peine de mort pour le roi. de 40 shellings dans une maison habitée et de 5 shellings dans une boutique ).
fi) Discours de lord Suffolk. à la chambre des pairs , séance du 3o mai 1810. (Bill concernant l'abolition delà peine de mort pour le roi privé dans une boutique.)
Pendant cinq ans ( de 1802 à 1806) 669, personnes furent an*êtée8 pour vols commis dans des maisons habitées ; 879 seulement jugées ; ainsi 290 personnes furent rejetées sans jugement dans la société ( i ).
Egalement pendant cinq ans (1802 k 1806) , 598 individus furent arrêtés pourvois commis dans des boutiques ; 120 seu- / lement furent jugés : ainsi encore une fois ici 478 prévenus durent probablement leur impunité à la seule répugnance des plaignans et des témoins (2)1
NOTE V
tt Voyez-vous ce juré habillé en bleu? disait l'un des juges aux sessions d'Old Bailey au juge Nares. — Oui — Eh bien! soyez assuré qu'il n'y aura pas aujourd'hui de conviction pour offense capitale. » Cette prédiction fut pleinement justifiée. Quelque temps après le juge lui-même rapporta le fait k l'un des magisti^ats de Londres, et c'est de ce dernier que M. Bentham en eut connaissance.
J'ai vu, dit François Grose (3) , un jury commettre une absurdité choquante à l'effet de mitiger le châtiment , dans un cas où l'offense était trop évidente pour qu'on pût espérer de I justifier un acquittement. Un individu jura , qu'avant d'entrer au lit dans sa propre maison , il remonta est montre , la mit dans la poche de son pantalon , mit ensuite son pantalon sous son oreiller; après quoi il se coucha. Pendant la nuit, un voleur s'étant introduit dans la maison , vola la montre de cet
(i) Discours de Mr. Abercrombie à la chambre des communes; mars 1?
(2) Discours de sir Samuel Romilly à la chambre des communes; man
(3) On the criminal laws of England, 1769.