‹ De la peine de mortChapitre 12 sur 163 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mort; souvent elles exigeraient qu'on là donnât d'une manière cruelle.

Je ne suis pas plus touché de cette réflexion , présentée comme évidente par beaucoup de publicistes : j» On a connu la peine, et en devenant membre du corps social, on s'y est soumis*. Ne dirait-on pas que la convention vient d'être faite , et que le coupable y avait assisté lui-même ? Je sais bien qu'ils veulent dire seulement : en vivant dans une société dont on connaît les lois, on ne peut se plaindre d'être jugé par elles. Mais, avec ce raisonnement, vous justifieriez les plus affireux supplices ; vous justifieriez aussi les volontés arbitraires du despote : N'ont-elles pas été connues de l'esclave qui lui est soumis (a) ?

législateur d'y remédier de tout son pouvoir : parvenir aux résultats les plas efficaces avec le plus de justice et d'humanité possibles, telle doit être sa maxime constante : ainsi, jamais il ne cherchera à justifier un mal actuel, dépendant absolument de sa volonté', par la possibilité d'an mal éloigné, conséquence du vice attaché à la nature des choses terrestres. Il ne dira jamais : j'ai le droit de tuer les: criminels , parcequesi je les emprisonne , si je les euie , le chagrin pourra miner leurs joars; j'ai droit de faire en un instant ce que l'action de causes étrangères et indépendantes , souvent de la peine , pourra peut-être effectuer enqnelques années. Il ne cherchera jamais àappuyer un droit terrible, illimité, sur des sophismes puisés dans la faillibilité et l'imperfection des autres moyens répressifs; il déplorera des maux irrémédiables peutêtre, sans chercher à y a^jouter un mal d'une importance bien supérieure; il détruira autant que possible les abus, mais il n'argumentera pas de ces mêmes abus pour chercher à en justifier de plus pernicieux encore; ces moyens seraient ceux des tyrans, ils n'appartiennent plus à ce siècle.

(aj Dire qu'il n'y a rien de juste ou d'injuste que ce qu'ordonnent ou défendent les lois positives , c'est dire qu'avant qu'on ait tracé de cercle, tous les rayons n'étaient pas égaux. (Montesquieu.)

8 DE LA PEmE DE MORT ,

Mais entrons dans Texamen approfondi de cette grande question :

£t d'abord il me semble qu'en la traitant, on a toujours confondu' les droits et les devoirs.

Le devoir est une obligation ; le droit une puissance.

Dans rétat naturel des hommes , aucun d'eux n'ayant une puissance sur un autre , il n'y existe pas de droit de punir. Punir est l'action d'un supérieur envers un inférieur , et non pas d*un égal envers un égal. Que de maux si chacun , prononçant au gré de son ignorance ou de ses passions, devenait le vengeur public I La punition suppose des lois faites et un empire établi. Le droit ne peut guère être que le résultat d'une convention. Dans l'état social même , punir n'est pas un droit , mais un devoir du souverain

Mais s'il n'existe pas dans l'état naturel de droit de punir, il y existe une obligation de repousser l'attaque et de se conserver. Ces deux besoins essentiels de l'homme , sont des devoirs dont l'un émane de l'autre; ou, si l'on veut, inséparablement liés l'un à l'autre. Un instinct profond et supérieur à tous les droits, parce qu'ils ne tiennent qu'au raisonnement et qu'il tient aux impressions les plus puissantes de la nature , anime l'homme qui tue pour n'être pas tué. Il use de cette force qu'on a aussi appelée un droit par un grand blasphème contre l'humanité , et il triomphe.

Ces principes une fois posés , que deviennent les assertion» de Mably et de Filangieri? Dans l'état de nature, dit l'un , j'ai droit de mort contre celui qui attente à ma vie ; et en entrant en société , j'ai résigné ce droit au magistrat. L'homme attaqué , dit l'autre , a le droit de se défendre et d'ôter la vie à sork agresseur ; mais s'il a ce droit , il peut donc , dans le cas où il succombera , le transmettre à la société , faite pour venger ia nature.

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