CHAPITRE VIIL
les, cha(|ue peuple eut, pendant sa croissance , sa période de barbarie etd*iguorance , sa maladie morale^ si je puis m'exprimer ainsi , à laquelle il succomba , ou dont il se Televa avec plus ou moins d'ënergie : dans ces premiers temps, pendant cette lutte pénible et prolongée, où rien n'était stable, où les lumières ne brillaient qu'un instant, pour rendre ensuite les ténèbres plus profondes , tout devait porter le caractère de l'imperfection ; une institution libérale eut alors été une anomalie choquante, plus pernicieuse peut-être , que les réglemens absurdes et sanguinaires, dont le seul souvenir nous glace encore d'eiTroi. Plaignons donc nos ancêtres , mais ne les accusons pas ; au Heu de perpétuer leurs erreurs ou de les rendre l'objet d*une stérile critique , efforçons- nous de puiser , au milieu de tant de maux et d'aveuglement , de grandes et utiles leçons ; comparons surtout notre civilisation actuelle à ceUe des siècles passés , et nous apercevrons bientôt le fil qui doit nous guider dans nos réformes.
Le rapport intime , nécessaire qui exista pendant si loDg-temps entre l'état de la société et l'emploi de certaines sanctions pénales, nous révèle une grande vérité ; c'est que les moyens répressifs doivent toujours être appropriés aux institutions , aux mœurs , à l'opinion , aux besoins des peuples : nos gouvememens modernes n'ont-ils pas méconnu cette vérité , ne se sont- ils pas élevés contre l'ordre natm*el des événemens y lorsqu'ils ont entouré d'une sorte de vénération religieuse les réglemens de nos pères , lorsîn'ils ont conservé la peine de mort ?
Qu'on Tait adoptée jadis , qu'on Tait même infligée avec <^ent tortures accessoires , cela révolte , mais cela n'étonne
point : il fallait des cbâtimens corporels pour commander à des esclaves ; les charger de chaînes , les entasser dans des prisons, ce n'eut été que les changer de demeure et remplacer leurs travaux journaliers par d'autres peut-être moins pénibles. Pour les retenir dans le devoir , il fallait frapper leurs sens grossiers, il fallait des exemples prompts et terribles; ils n'avaient qu'un seul bien, c'était la vie; pour les punir, il fallait leur enlever ce bien ; toute antre peine eût été inefficace ; si leur état était lesclavage et l'ignominie , leur peine devait être la mort. Le législateur n'avait donc pas de choix ; ce ne fut qu'en recourant à l'extrême des cbâtimens qu'il put espérer de prévenir les crimes , ce ne fut qu'en variant cet unique mode de snp' plice efficace qu'il put conserver une sorte de proportion entre l'offense et la punition.
Mais combien aujourd'hui sa position n'est-elle pas différente , combien ses ressources ne sont-elles pas multipliées ! Jadis l'homme n'avait pas de patrie , il en a une aujourd'hui ; jadis il ne connaissait pas la liberté , elle fait aujourd'hui son existence et sa force; jadis il v^était dans le déshonneur , aujourd'hui l'ignominie est pour lui un supplice ; jadis sa possession était précaire , sa fortune T était incertaine , aujourd'hui tout lui garantit une propriété inviolable : toutes ces améliorations successives de l'état social , ne nous indiquent-elles pas de nouveaux et puissans mobiles? ne voyons-nons pas dans l'empire illimité de l'opinion publique , l'efficacité des peines infamantes ; dans l'attachement aux richesses , la ressource des peines pécuniaires ; dans l'amour de la patrie, dans l'esprit de liberté , dans les liens de famille , la privation desplo^i
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inestimables des biens? — Combinons ces divers moyens et nous parviendrons à former un châtiment aussi et même plus eflScace que le supplice capital , et susceptible en outre de se modifier à Tinfiai, de se proportionner enfin à tous lesdiflerens degrés de perversité et de nuisibilité.
Cette peine pourrait avoir les caractères suivans :
!<>• Qu'on frappe d abord le coupable de mort civile; celui qui n'a pas craint de tremper ses mains dans le sang de json semblable , n'a plus droit à la protection de la société ; il ne doit plus être admis à partager ses bienfaits; il doit être repoussé de son sein , du sein de sa famille qu'il affligerait par sa présence , qu'il souillerait de son infamie. Si la cupidité , l'avarice l'ont conduit au crime , qu'il soit témoin de la dispersion de ses trésors ; qu'il voie dans son abjection, dans sa misère, ses héritiers dissipant ce qui lui coûta tant à obtenir , tant à conserver :
29. Qu'on le livre à l'exécration publique ; du haut de 1 ech^faud où il sera exposé , qu'on proclame son forfait , et pour en réveiller plus puissamment l'idée, qu'on lui passe un glaive sur la tête (i) : l'impression produite par ce spectacle solennel sera terrible ; mieux que les exécutions sanglantes, elle apprendra à révérer les lois , à i*es- ])ecter la vie du moindre des hommes i
3°. Qu'on le prive du plus grand des biens , de la liberté dont il fit un si funeste usage ; renfermé dans un réduit solitaire , qu'on Vj abandonne aux remords et au repentir; point de chaînes , point de mauvais traitemens , mais qu'on lui rappelle sans cesse toute l'étendue des pertes qu'il a faites ; qu'il soit privé de tout commerce avec les hommes ; qu'on lui enlève toutes les commodités , toutes les jouis -
sances de la vie ; qu'on ne lui accorde que l'absolu nëces- «aire , pour soutenir sa pénible existence ; que ses yeux ne soient plus réjouis par la lumière bienfaisante du soleil , et si quelquefois on laisse pénétrer quelques rayons dans sa triste solitude, que ce ne soit que pour lui montrer tout son abandon , toute la beauté de la nature à laquelle il doit dire un éternel adieu.
Mais ce supplice continu et toujours uniforme, finirait par excéder les forces du malheureux condamné ; bientôt peut-être en anéantissant ses facultés , au lieu d*un objet d'horreur , elle en ferait un objet de pitié (2). Pour lui rendre son caractère d'humanité , voici les moyens qu'on pourrait employer :
lo. On attacherait au travail un sentiment de consolation : en accordant an prisonnier la faculté de s'occuper pendant un, deux ou plusieurs jours de la semaine, on détournerait pendant quelques instans le cours des idées qui laffligent , on rendrait de Ténergie à son ame , à ses facultés , on lui donnerait la force nécessaire pour supporter le poids de ses maux. Ce travail n'aurait d'ailleurs rien de pénible , rien de forcé ; ce ne serait pas une peine mais bien une faveur , d'autant plus recherchée , qu'on destinerait une partie de son produit au soulagement du détenu lui-même.
2®. On raitigerait progressivement le mode de séclusion : on pourrait à cet effet déterminer plusieurs degrés qui , successivement , porteraient quelque adoucissement au sort du condamné ; ainsi , d'abord solitude absolue , puis travail solitaire , puis communications rares avec les gardiens , avec les visiteurs des prisons ; ensuite, à certains