CHAPITRE Vm
jours , la porte de spn cachot s'ouvrirait , il pourrait res-. pirer uu air pluslilire, mais toujours seul, silencieux; plus tard et à certaines heures^ il pourrait partager les travaux communs , mais toujours sous la condition du silence : peu à peu cependant on lui laisserait plus de latitude apparente , mais , toujours strictement surveillé^ ses moindres actions , ses moindres discours seraient rigoureusement interprétés.
On le conduirait ainsi insensiblement au terme de la première époque de son châtiment ; cette époque pourrait varier depuis ip jusqu'à a5 ans.
Prolonger la séclusion jusqu'aux limites de l'existence du coupable, serait renchérir sur la barbarie du supplice capital : l'homme enlevé à l'espérance , est plus que mort; la pens^ée affreuse d'un châtiment perpétuel , ne peut que le conduire au désespoir et détruire chez lui jusqu'à l'idée du repentir : quelques législateurs, en abolissant les travaux forcés perpétuels , ont porté témoignage de cette grande çt utile vérité. Alors s'ouvrir^U une ère nouvelle pour le malheureux condamné ; purifié en quelque sorte par ses longues souffrances , mais toujours indigne ou plutôt incapable de rentrer d^ns la société civile qu'il affligea par ses crimes , on lui rendrait au moins quelquesunes des jouissances de la vie ; il pourrait librement communiquer avec les autres prisonniers et les personnes qui s'intéresseraient encore à sa destinée; il pourrait s'occuper de travaux communs et à son choix ; sa nourriture serait moins grossière, sa couche moins dure ; sa captivité, en un mot, serait plutôt une mesure de sûreté qu'un châtiment d'un ordre inférieur.
Cest pour celte seconde époque surtout que la dépor-
talion deviendrait une mesure efficace : en éloignant le coupable du théâtre de son crime , en Tarrachant en quel* que sorte au souvenir et à Tinfamie de sa condamnation , elle effectuerait presque toujours sa réforme que la séclnsioa u'aurait souvent fait que préparer. La vue d'un autre ciel , d'autres hommes , relèverait son cœur abreuvé d'amertume et d'opprobre dans sa patrie ; il s'efforcerait de mériter les jouissances d'une nouvelle opinion publique ; il commencerait enfin une autre carrière , et pourrait peut-être l'orner d'autant de vertus et de bonnes actions, que jadis il la souilla de vices et de forfaits.
On appréciera encore mieux la justice , l'humanité et l'efficacité du châtiment que je viens de proposer , en le comparant au mode d'infllction des travaux forcés perpétuels, encore en usage dans la plupart de nos états civilisés.
i^^.Le caractère de perpétuité attaché aux travaux forcés , en révèle le premier défaut : la séclusion, en laissant l'espérance au condamné , ^ un but bien plus moral , bien plus humain,
a^. La marque imprimée sur l'épaule du condamné à la première de ces peines , le dévoue à une infamie indélébile, détruit en lui tout sentiment d'élévation, semble le rabaisser au rang des animaux les plus vils (3) : la simple exposition , la proclamation du forfait et la cérémonie du glaive passé sur la tête , tout en excitant le frémissement dans l'ame des spectateurs , tout en faisant jaillir l'opprobre sur le coupable, n'entraînent pas au moins une dégradation irréparable, ne restreignent aucunement l'exercice du droit de grâce , et ne rendent pas illusoire la réhabili' tation entière de l'innocent.