‹ De la peine de mortChapitre 126 sur 163 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

S^*. Le travail imposé comme châtiment peut avoir de graves îuconvéniens: si ce travail est excessif, s*il surpasse les forces du malheureux , il le conduit inévitablement à une mort lente et douloureuse , mille fois plus terrible peut-être que celle qu'il aurait subie sur lechafaud : s*il est au contraire semblable à celui que le besoin le plus impérieux impose à certaines classes de la société , il n oilre qu'un funeste exemple, qu'une occasion de désespoir pour des citoyens innocens et laborieux , qui se trouvent ainsi assimilés par leur état aux scélérats les plus vils. Le mal est plus grand encore si le genre d'occupation qu'on prescrit au coupable est doux et modéré ; physiquement moins à plaindre dans ce cas que Tindigent , il s accoutume bientôt à l'opprobre de sa peine, et s^estime souvent laéme heureux , en comparant sa situation présente à celle dans laquelle il gémissait avant d'avoir perdu la liberté. Le travail envisagé comme mitigation, comme adoucissement à la peine , loin d'entraîner aucune de ces funestes conséquences , est fécond en résultats salutaires.

4^. Les chaînes, les boulets qu on attache aux condamnés anx travaux forcés , ne sont presque toujours que des occasions d'injustice , d'inégalité , de barbarie : si le poids de ces instrumens d'une torture continuelle est déterminé par la loi, on doit craindre que le faible ne succombe sous le fardeau que le fort portera sans peine ; s'il est laissé à la discrétion des gardiens des maisons de force.ou des bagnes, on doit redouter la partialité , la tyrannie même , trop souvent inséparables de l'ai'bitraire.

5^. En enchaînant ces mêmes condamnés deux à deux comme des bêtes féroces , en les rassemblant journelle-

ment dans un même lieu , en leur permettant de commnnlquer librement, de plaisanter , de se livrer ensemble à une joie brutale et indécente , on rend plus que jamais leur rëformation Impossible , on ne fait que provoquer leur endurcissement , que perpétuer leur corruption (4)« La séclusion a un efiet tout contraire ; elle ne peut manquer d'agir d'une manière efficace sur le criminel le phs perverti , en Técartant de la société d'autres scélérats , en le livrant à la solitude et aux remords : ce ne sont pas tant les peines physiques que les peines morales qui peu* vent Tattérer ; autant il sait braver les unes, autant il doit finir par s'humilier devantles autres (5).

6^. L'un des avantages principaux de la peine que je viens de proposer, est de pouvoir se modifier à l'infini , se prêter à une foule de crimes, à tous leurs degrés d'ag* gravation et de diminution .Les travaux forcés à perpétuité frappent trop uniformément des offenses très-différentes.

7<>. Les maisons de force et les bagnes sont fermés au public ; les coupables y sont en quelque sorte ensevelis avec le souvenir de leurs forfaits. — On pourrait, à certains jours de Tannée^ ouvrir les portes de la prison où g^ miraient les condamnés à la séclusion, et appeler le peuple à un spectacle d'autant plus efficace , qu'il révolterait moins les Idées reçues de justice et d'humanité.

Qu'on ne croie pas cependant qu'en signalant les défauts et les inconvéniens des travaux forcés actuels , je veuille également contester la justice et l'utilité de cette peine en elle-même et réclamer son abolition (6). Je suis persuadé au contraire , qu'à l'aide de quelques modifications indispensables qu'indiquent ces même% défauts,

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