‹ De la peine de mortChapitre 127 sur 163 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

on en ferait le.châtiment le plus efficace après<;elul de la

séclusion.

Il me reste à comparer maintenant les effets probables

de cette dernière peine avec ceux produits par le supplice

capital.

« Les esprits, dit Beccaria , sont moins frappes de la

rigueur des peines que de leur durée, n « Ce qui avertit

continuellement , dit Mably , finit par n'avertir jamais ;

on se familiarise avec tout..,. » Sans chercher à. expliquer

et à concilier deux opinions si différentes , j'envisage la

question sous un aspect plu3 positif , mieuic défini. Les grands crimes , comme je l'ai déjà dit , sont presque

toujours provoqués par des passions s^veugles et violentes. L'homme , ms^itrlsé par un sentiment profond de haine ou de vengeance , par une fureur impétueuse , par un fanatisme exalté , ne connaît pas la crainte , ne redoute aucun supplice; il n'a devant les yeux qu'une seule idée , celle de se satisfaire à quelque prix que ce soit ; l'éclair est souvent moins prompt que $a résolut ion , l'égarement dirige sa main ^ et ce n'est presque toujours qu'après avoir consommé son forfait, qu'il frémit à la pensée de son énormité. J'oserais presque affirmer que jamais la menace de la mort Il a prévenu un seul parricide , un seul infanticide , un seul de ces assassinats horribles, qui décèlent la fureur et l'aveuglement des malheureux qui s en rendent coupables ; bien loin de la considérer comme un châtiment, peut-être plu^^ sieurs d'entre eux n'y volent^ils qu'un terme à leurs maux, qu'un apaisement à leurs remords. Qu'on présente au contraire à ces êtres exaltés l'image d'un supplice ignominieux, prolongé , et si ron suppose encore chez eux la possibilité

d'un moment de réflexion , qu'on soit assuré que cette image les frappera. Ce n est pas tant la rigueur d'unepebe physique qui peut les faire reculer , que l'idée terrible de ne pouvoir se dérober à l'opprobre , à la malédiction des hommes , auic reproches amers d'une conscience ti« morée.

Il en est de même de ces hommes que le poids de rinfortune a anéantis , qui n*ont puisé dans les revers que le germe de la corruption : l'imprévoyance , l'incon* duite ont consommé Tœuvre de leur ruine ; une faute en a entraîné une autre , ils sont vis-à-vis du précipice qui menace de les engloutir : le crime seul , en cimentant un affreux secret , peut conjurer l'opprobre ; la conscience se tait , l'amour propre , le faux honneur 9 parlent i leurs sens égarés.... Balancerotit-ils long-temps, ces malheureux, entre la possibilité éloignée d'expirer sur l'échafaud et la crainte actuelle de l'opinion qui va les flétrira jamais ? Leurs crimes peuvent rester cachés , mais peuvent-ils également échapper à la honte ? Et que leur fut après tout la mort , si elle les enlève à ce tourment mille fois plus terrible encore ?

Fera-t-elle une impression plus salutaire sur cet avare qui pe vit que pour son trésor , qui brave les maladies, les souffrances les plus aiguës plutôt que d'y puiser , qui ne voit dans le crime que le moyen de l'augmenter? Quelle est sa crainte de tous les instans ? Est-il quelque chose de plus terrible pour lui , que de survivre à la perle de ses richesses , que de les voir dissiper par ceux mêmes qu'il accabla de refus et de privations au temps de son abondance ?

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