CHAPITRE Vm
Quels sont les calculs de l'ambitieux ? La menace de
la peine capitale est-elle seule capable de paralyser ses
projets? Non; cette idée qu'il réchauffe dans son sein ,
^i tout i la fois le dévore et remplit son existence, le met
aa-dessus des craintes du lâche : il sait brayer le péril ;
s'il succombe il y voit un refuge. Renversez ses plans ,
livrez-le à la honte , montrez<le aussi méprisable qu'il
voulut paraître grand ^ et la destruction sera pour lui un
lienfait ; perpétuez son ignominie et son exemple ne sera
pas perdu pour ceux qui seraient tentés de marcher sur
les traces.
L'échafaud est-il plus terrible que toute autre peine poar ce scélérat chez qui la soif de la cupidité ou de la vengeance est jointe à la lâcheté la plus vile ? Interrogeons toute la noirceur de soi^ ame : la crainte du supplice la domine un instant , mais bientôt son esprit inventif découvre les moyens de la tranquilliser : que de ruses , que de combinaisons artificieuses ! que de conceptions infernales! que d atroces mystères que la plume se refuse de dévoiler ! tout est mis en œuvre , tout est pesé ; et c'est avec l'affreuse sécurité qu il a su se créer , qu'il marche à la consommation de son attentai;. — Il n y a que l'œil d'une police vigilante , qui puisse pénétrer les ténèbres dont il s^enveloppe ; ce n'est trop souvent qu'en éventant son complot, quon peut espérer d'an'êter son bras homicide ; ce n est qu'en le plongeant dans un cachot , en rappelant sans cesse son sort à la pensée de celui qui serait tenté de l'imiter , qu'on peut espérer quelque chose d'utile de l'exemple de son châtiment.
En effet /c'est surtout pour cette classe de coupables ,
que Ton aperçoit la iiéc6S3ité d*un supplice permanent, qui les ayerti^e contiiiueUement que le crime se découvre tôt ou tard , et qu il est rare que son auteur ëcbappeik punition méritée. La peine de mort ne présente que de& eicemples peu fréquens et l^eptôt oubliés, ; trop de vague Tenviroune ; c*est un accident auquel on espère échapper : tt J'ai mieux pri3 mes précautions , dit Thomme pervers, j'ai tout prévu , personne ne me voit, ne me soupçonne , un peu de résolution et tous mes voçuj^ sont satisfaits : » — ^amais^écllafaudneseprés!e^te à sçs regards dans cet instant fatal ; mais peut-être jetera-t-il les yeux sur la prison où gémissent jour e% nuit ceux qui , confiaos comme lui , s'égarèrent dans la carrière du crime , peutêtre se rappellera-tril leur histoire.. «. QueAC doit-on pas espérer, de ce terrible avertissement ?
Si la lâcheté n'entrevoit d'abord la fin de Inexistence qu'avec une sorte de frémissement , il est un faux courage qui met sa gloire à la braver : trop souvent cette exaltation féroce se rencontre chez les criminels de profession ; liés par bandes , ils se mettent en campagne et comptent sur un certain nombre de prisonniers ^ ceux-là so^t les. héros proposés à l'admiration des compagnons de leurs forfait^ ; il faut qu'ils sachent mourir , et ils présentent eo effet leur tête au bourreau avec un calme , une assurance, qui feraient honneur à une plus noble cause. *-- Mais tout cet appareil de bravoure s'évanouit à la vue des portes da cachot ; là , plus personne pour applaudir , plus rien que la solitude , l'abandon , le désespoir , Thumiliation et le remords : quelle perspective pour ces êtres qu une fièvre brûlante dévore sans cesse , qui n'ont de yie que pour la