‹ De la peine de mortChapitre 130 sur 163 · CHAPITRE Vlir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlir

» celui qui souffre; si nos dieux l'avaient placée au fond » des enfers, les enfers cesseraient dmtlmiderrîmpie. (i)»

Maïs, m'objectera -t-on peut-être, si l'on remplace la peine de mort par une autre peine plus formidable, le coupable aura toujours la faculté de 1 éluder en se suicidant ; ces exemples déjà si fréquens aujourd'hui, le de» viendront encore davantage.

Je doute que la ressource du suicide se présente souvent à l'esprit de 1 homme pervers , avant la consommation du crime : il calculera soigneusemeiit les chances, les moyens d'échapper au châtiment ; mais rarement il ira jusqu'à s'enhardir dans ses affreux projets, en se représentant la facilité de se débarrasser des souffrances du cachot. — Supposons cependant que le mépris de la mort Tait déterminé dans cette circonstance ; persistera-t-il dans sa résolution, lorsqu'il s'agira de l'exécuter? — « U faut, dit Bentham (2), une première volonté, il en faut une seconde^ une troisième, une suite d'actes réitérés et soutenus , pour amener l'événement à sa conclusion. Aux premières atteintes de la douleur, il faut que l'ame, déjà el)ranlée ^ redouble ses efforts pour l'augmenter encore et la rendre fatale. Aussi combien de suicides commencés et non consommés ! La première tentative a épuisé le courage. On a souvent vu des hommes réduits aux dernières extrémités , bien déterminés à mourir , et des guerriers même, invoquer, quand ils l'ont pu, le secours d une main amie. Saiil se fit donner la mort par son écuyer ; Tibérius

(1) Cicer. in Catil, or. 4i n. 4*

(a) Théorie des peines et des recompenses, Paris, 1806, 1. 1 » p. 259.

Graoclins , par son aflraochi ; Nërou , par un de ses satellites.

» Il y a encore loin d*un suicide résolu à un suicide exe* cuté. On a même observé que ceux qui avaient pris leur résolution devenaient plus calmes , et dîfleraient son accomplissement d'un temps à un autre. C'est qu'il y a une disposition naturelle dans tous les hommes à rester satisfaits quand ils ont obtenu un certain pouvoir , sans procéder immédiatement à s*en servir. L'avarice en est bien la preuve.

» Cette disposition sera celle du malfaiteur condamné à d'antres peines que la mort. « Souffrir plutdt que mourir , » sera sa devise. Forme- 1 -il un projet de désespoir, il ne l'accomplira pas sur l'heure; un jour les moyens lui manqueront ; un autre jour, le courage sera en défaut : d'autres incidens amèneront d'autres pensées. On observe dans l'esprit humain , de même que dans l'organisation physique , une étonnante aptitude à se prêter aux situations les plus fâcheuses. Qu'une grande artère soit coupée ou obstruée , les petits vaisseaux environnans se dilatent , ils prennent sur eux les fonctions de celui qui n'agit p1ns« et , peu à peu , ils parviennent à le remplacer. La |)erte de la vue perfectionne le sens du toucher. La main gauche apprend en peu de temps à suppléer à la droite ; on a va une partie inférieure du canal alimentaire acquérir la tex* ture et remplir les fonctions de l'estomac.

L'esprit n a pas moins de souplesse et de docilité pour se conformer à des circonstances qui , au premier aspect, semblaient intolérables. Toutes les peines ont leurs momens de relâche , et , par le seul effet du contraste , ces

Page 1