CHAPITRE Vlli
Ldoucissemens passagers deviennent des plaisirs très-vifs, i^mbien d'hommes , tombés du faîte des grandeurs dans in abîme de misères , ont sevré leur ame par degrés de ces lOuissânces d'habitude^ et se sont créé de nouvelles l'essources ! L'araignée du comte de Lauzun , les ouvrages de paille de Bicêtre, les petits chefs-d'œuvre d'industrie et de patience des prisonniers de guerre français , et tant d autres exemples connus de tout le monde , suffisent pour justifier cette observation. »
Il n'en est pas ainsi du condamné à la peine capitale. L'image du supplice prochain pèse sur sa pensée ; ses momens sont comptés ; l'heure fatale approche ; il n'est plus d'espoir , plus d'avenir pour l'infortuné : l'habitude , la distraction ne peuvent le soulager dans cette affreuse attente; l'échafaud et l'ignominie, voilà le tableau hideux qui sans cesse le tourmente, qui trouble son sommeil, qui se représente à son réveil : la mort seule, il la supporterait; mais la honte si affreuse au pied de la potence , l'opprobre qui doit souiller sa mémoire et rejaillir sur sa triste famille, voilà ce qui fait son désespoir. Gomment éviter tant de maux? Puisqu'il faut mourir, pourquoi ne pas prévenir le coup flétrissant du bourreau ? De ce raisonnement au suicide , il n'est qu'un pas , et ce pas est bientôt franchi : à celui qu'un dernier sentiment d'honneur anime encore, la destruction apparaît alors comme un dernier asile , et il s'y précipite sans hésiter.
On l'a toujours remarqué ; rarement le coupable auquel
on laisse l'existence , attente à ses propres jours ; lespoir ,
1 avenir rattachent encore trop fortement à cette terre où
on ne lui présente désormais que des jours de souffrance.
Rien au contraire n'y retient les malheureux voues à h moi*t ; tous les liens de l'e^xistence sont brises pour eux; ils ne vivent plus que pour être immoles avec un appareil flétrissant ; ils savent tout braver pour écbapper à la fatale cérémonie. Est-il donc étonnant. que le suicide soit lenr refuge ordinaire, qu'il révèle si souvent, par d'atroces circonstances , le mépris de la mort et la terreur invincible deVignominie?
Je ne m'arrêterai pas ici à détei^niner le mode diflerent d'opération de ce qu'on appelle idées simples et idées complexes; il suffit qu'il soit évident qu'il ne faut pas plus de méditation pour se représenter la séclusion avec Finfamie que la mort avec l'infamie , que par conséquent cette première idée est tout aussi capable , sous ce rapport , de faire l'impression nécessaire que la seconde, quelque nom qu'on leur donne d'ailleurs.
Je passe à l'objection la plus plausible qu'on puisse faire contre la peine proposée. « L'opprobre , dit-on , la solitude , l'abandon, la privation delà liberté et de toutes les jouissances delà vie, peuvent arrêter, peuvent réduire au désespoir les membres des classes élevées et moyenDes de la société , mais jamais elles n'auront le même effet sur des malheureux voués , dès leur enfance, au besoin , A la servitude, à l'abjection. »
Et comptez-vous pour rien , répondrai-je , l'efficacité de ce châtiment par rapport à la masse de la société? Pour qui sont faites les lois? N'est-ce pas pour le plus grand nombre ? Serait-il possible, serait-il utile de composer on code particulier pour chaque classe? Voudriez-vous que l'on sanctionne contre les malheureux , contre les indi*