CHAPITRE VIfl
gens d'autres peines , dans lesquelles on épuiserait tous les genres de rigueur et d'atrocité ? Pourcpioi leur faire en quelque sorte un crime de l*état d'abaissement dans lequel les ont plongés Timperfectiou et l'injustice des institutions sociales ? Plutôt que de les accabler sous le poids des châtimens , de les envoyer à la mort comme de vils troupeaux , pourquoi ne pas relever leurs âmes , ennoblir leurs cœurs , les faire participer aux bienfaits de la civilisation , leur ouvrir les trésors inépuisables de l'éducation et de la morale ? Et d'ailleurs combien le nombire de ces êtres dégradés n'est-il pas diminué dans la plupart des états policés et libres ? On ne peut donner assez d'éloges ici au zèle actif des gouvernemens de notre époque ; on ne peut assez louer le but, des associations particulières qui ont si efficacement secondé leurs inten*» lions bieufai^tes ; mais , s'il reste encore beaucoup à faire sous ce rapport , qu'on ne croie pas que les échafauds fioient indispensables, jusqu'à cequelŒUvre de cette régénération soit accomplie.
Cest ici surtout qu'il appartient aussi aux cbâtimens d'exercer une influence salutaire sur les idées et les mœurs : c'est en humanisant , c'est en ennoblissant en quelque sorte les uns , que Ton parviendra surtout à adoucir , à purifier les autres. Ainsi , en montrant aux basses classes la privation de la liberté comme le plus grand des maux , on leur apprendra À estimer la valeur du plus grand des biens ; en leur montrant Pignominie comme la suite inévitable du crime , on leur indiquera quel prix ils doivent attacher à l'honneur ; en leur montrant la société tout entière respectant l'exbtence des plus grands scélé-
rats , on leur inculquera l'horreur du meurtre. Voilà les exemples que doivent oflrir les peines pour opërer efficacement sur la sociëtë ; on ne les recueille pas au pied des échafauds.
J'ajoute , que quand même les vices des institutions , le défaut de moyens laisseraient toujours une diffânence entre le ricbe et le pauvre , entre le puissant et le faible par rapport àrefficacitë de certaines peines, il faudi-ait que cette différence n'exista t qu'en faveur de l'indigent et de l'oppriiné: involontairement privés d'éducation, de principes religieux et moraux, livrés souvent à toute l'horreur des besoins les plus impérieux , en butte à tous les genres d'outrages , partout repoussés ^ partout poursuivis , le crime souvent ne se présente à leur esprit que comme une défense légitime , que comme un moyen , sinon autorisé , du moins excusable: rien de tout cela n'existe chez les autres; s'ils transgressent les lois , s'ils déshonorent Thumanitë, c'est presque toujours par réflexion , par choix , par perversité ; n'est-il donc pas juste qu'ils portent la plus grande part du châtiment ?
On m'objectera encore l'opinion universellement établie que la mort est la plus formidable des peines. « Il est si certain , dit Mably , que la mort augmente le trouble et le malheur des prisons > qu'il n'y a aucun de ces scélérats qu'on mène au gibet qui ne regardât comme une faveur la prison la plus dure et les travaux les plus pénibles. » — Mais d'o à provient alors cette terreur si grande de la mort? N'est-ce pas de sa présence , de l'impossibilité d'y échapper? Il est dans la nature de l'homme de repousser les maux actuels au prix même des plus grands sacrifices ,