CHAPITRE VIII
des maux les plus grands, mais qui ne se présentent que dans l'avenir. Oflrez au malade prêt à rendre le detnier soupir , de prolonger de quelques mois , de quelques jours seulement sa pénible existence , à l'aide dune opération longue, douloureuse, cruelle ,et vous verrez avec quelle allégresse , avec quelle reconnaissance il acceptera votre proposition ; il vous bénira comme son sauveur , comme son auge tutélaire ; etpeutêtre, quelques jours auparavant, cette même opération lui aurait-elle parue plus insupportable mille fois que la mort.— ^ Il en est de même du criminel : placez-le devant Técbafaud , montrez-lui le bourreau préparant les instrumens de son supplice , et sll ne consent alors, pour conserver sa misérable vie ^ à subir les plus grandes peines , les plus horribles tortur^ , c est qu'il a une ame plus qu'ordinaire, une résoluti^Hypi^jj^umaine ; et cependant l'idée seule de ces pejbeîsr, de ces tortures qu'il regarde dans cet instant comme des bienfaits , aurait peutêtre fait sur lui, avant so;^ crime, avant sa condamnation, une impression beaucoup plus salutaire que Tidée de la mort, qui l'enlève a^x persécutions et aux souffrances. On se trompe"*2bnc lorsqu'on regarde l'impression produite au mopient de subir la peine comme la preuve évidente de sçik efficacité. — Pour juger de l'efficacité d'uxi châtiQ^ent , c'est avant la commission du forfait qu'il faut examiner son opération probable ] c'est alors qu'il ddit frapper l'imagination , qu'il doit ébranler lame du méchant : vainement la mort apparaît mille fois plus terrible au condamné que le plus affreux cachot , rien en cela ne prouve que la menace du supplice capital soit plus
propre à prévenir le crime , que celle de remprlsonnement solitaire.
En effet , quelle est la condition fondamentale de tout cMtiment juste et modéré ? N'est-ce pas l'efficacité de l'exemple , réunie à l'iiumanité pour le coupable ? — Lo«qu'elle ne se montre que dans un avenir incertain , l'idée de la mort , de cette destinée commune à tout ce qui existe , n'est pas , je le répète , à beaucoup près aussi terrible qu'on le suppose : celui qui commet le crime se met à peu près dans la position du soldat qui marche au corn* bat ; tout dépend du hasard , de la fortune ; il s'y confie, et la crainte du danger fait bientÀt place chez lui à l'espoir 9 quelquefois même à la certitude d'y échapper.
n en est bien autrement de cette peine qui présente à la fois tous les genres de privations , et la nécessité de leur survivre ; qui réunit en un seul point tout ce que les souârances ont de plus horrible ; qui pai^tout poursuit l'imagination , qui lui prépare à chaque instant des occasions de terreur. Tout alors frappe celui qui médite le ' crime : calcule-t-il ses richesses ? il se représente d'avides héritiers partageant ses dépouilles et insultant par leur faste à sa misère ; songe-t-il à ses nombreux amis, i l'estime publique dont il est l'objet , à l'opinion dont les arrêts sont presque toujours sévères et irrévocables? il voit l'abandon , l'ignominie prêts à l'accabler ; jettentil un regard d amour et de satisfaction sur sa famille , sur son épouse chérie, sur ses tendres enfans? il pressent leor désespoir ; aperçoit -il les sombres murs d'une prison? mille pensées lugubres viennent l'assaillir ; pénètre-t-il dans leur enceinte ? il recule épouvanté , sa résolution