‹ De la peine de mortChapitre 134 sur 163 · CHAPITRE yill · texte numérisé non relu

CHAPITRE yill

s*évanouit : qu'est en effet la fragile et amère satisfaction ^du crime à côté de la possibilité d'une aussi longue, d une aussi terrible expiation I

L'attentat est-il consommé ? le coupable est-il saisi ? lopâration des deux peines est alors bien différente. — La mort que le malheureux ne voyait que dans un avenir incertain , lui apparaît soudain dan& toute son horreur ; il- la voit menaçante, prochaine ,. il ne peut y échapper : alors commence pour lui ce supplice de Tappréhension , mille fois plus affreux que les tortures physiques : chaque instant le rapproche, de Tinstant &tal , chacun de ses pas est un pas vers l'éternité ; une sueur froide coule sans cesse de ses membres trem- Mans ; jour et nuit des imagés hideuses viennent assiéger son imagination ; nul ami , nul être vivant ne sintéresse à sa destinée ; son chagrin ne trouve plus de consolateurs ; il n*a pour témoins de sa longue agonie que ses chaînes et les murs de soncachçt : la main glacée du trépas presse son cœur ; mQrt à respérance, il ne respire plus que pour l'ignominie Mais non , je ne puis tracer les derniers traits de cet horrible tableau : qu'on pénètre dans ces antres obscurs où rhomme,enchaîné comme une béte féroce par ses semblables , attend l'exécution de son arrêt de mort , en maudissant la lenteur de ses bourreaux : c'est là que Ion frémira à l'idée seule de l'atrocité inutile de nos lois sanguinaires , c'est là que seront révélées ces tortures morales dont on ne soupçonne pas même l'existence , et qui toujours sont perdues pour l'exemple , c*est là que l'on apercevra les conséquences déplorables d'un préjugé encore embrassé si aveuglément par nos législateurs modernes.

24$ DE Lk PEINE DE MORT ,

Examinons maintenant la situation du condamné i k sëdusioii. — Les premiers instans sont terribles ; son désespoir n'a pas de bornes; Tignominie se pr^ntei lui plus affreuse que jamais ; il envisage son abandon, sa misère et appelle la mort à son secours. Mais peu i peu Tespérance si consolante poor le malheureux , apparaît à son ame affligée ; il entrevoit une fin a ses souffrances, il entrevoit un avenir et se plaît déjà i le parer de moins sombres couleurs : il souâre en^ core , mais la douleur actuelle le délivre en quelque sorte du sentiment de la douleur à venir : bientôt le travail vient rompi'e l'uniformité de sa solitude et rendre réna> gie à ses facultés : alors commence pour lui une ère nouvelle : de sérieuses réflexions prennent la place d'inutiles regrets ; il jette un regard sur sa vie passée et il gémit; il songe aux jours qu'il peut encore passer sur la terre et il se rattache à l'existence : le vice fut la source de son infortune ^ désormais il ne voit de repos , de bonheur qne dans la résignation , la vertu , la religion ; il forme alors la ferme résolution de se corriger , de réparer ses. fautes, d'expier ses erreurs ; alors il se jette dans les bras de l'homme charitable qui mêla ses larmes aux siennes , qni fit entrer la première consolation dans son cœur , en qui il retrouva un ami , et il ne se croit plus abandonné sur sur la terre...»

Les États-Unis d'Amérique Pont résolu ce proWéme difficile delà réfornoiation du coupable : là , aucun genre de perversité ne trompe le zèle des administrateurs des prisons , ne résiste à la douce et pressante sollicitude des ifisiteurs , et la loi pénale, au lieu d'immoler inutilement des victimes , peut se glorifier de réprimer les crimes en

Page 1