‹ De la peine de mortChapitre 135 sur 163 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

eonservant les criminels à H société et en lea rendant à la vertu (y).

Il est d'ailleurs une habitude pour les tourmens comme pour les plaisirs ; plus les sensations des uns et des autres sont nombreuses et rapprochées , et plus aussi elles s'émoussent. Voyez le riche blasé de voluptés ; au milieu des jouissances les plus exquises, il demeure rongé de dégoûts et d'ennuis ; voyez le paralytique , le poitrinaire , le goutteux ; au milieu des souffrances les pluç vives , ils tiennent encore à Texistence ; sevrés des douceurs de l'espoir , ils se cramponnent pour ainsi dire au présent et supportent avec courage leur pénible martyre. — Cette habitude pénètre aussi dans les prisons les plus affreuses, et y adoucit presque toujours l'idée déchirante d'un supplice prolongé : souvent, il est vrai , le coupable y gémit , mais souvent aussi des distractions, des consolations, des jouissances même, inconnues à l'homme libre et hepreux , viennent soulager son ame : n'a-t-on pas même vu des infortunés , rendus à la liberté après une longue captivité , seuls , abandonnés au milieu d'une société nouvelle à laquelle rien ne les rattachait , demander comme une faveur de retourner dans la prison où ils pouvaient au moins retrouver le souvenir de leurs peines ?

Je le répète ; ce n'est que la partie manifeste du châtiment qui est utile au public comme exemple. Lorsque le condamné monte à l'échafaud , on ne considère que la souffrance actuelle , que la torture physique qui doit accompagner l'acte de sa destruction ; on ignore les peines morales , le supplice de l'appréhension qui précèdent l'instant fatal , et qui le montrent en quelque sorte comme un

asile à Tinfortuné. — L'imagination au contraire se ^t à exagérer ce châtiment qui semble présenter la com[di« cation des maux les plus affreux qui puissent affliger l'hiimanitë ; chacun des jours du prisonnier apparaît comme un siècle de martyre ; la mort , dit-on , mettrait fin à son infortune , la prison la perpétue ; on ne voit que Paniformité de son désespoir ; les consolations , les distractions qu'il éprouve sont oubliées ou ne peuvent être comprises, et la peine parait beaucoup plus terrible qu'elle ne Test en effet (8).

Cette seule différence devrait déterminer les légisk* teurs , quand bien même nul autre motif ne militei'ait pour l'abolition du supplice capital. — En proclamant le principe que la loi ne doitsétablir que des peines évidem* ment et strictement nécessaires , que tout ce qui dans la peine ne sert pas à l'exemple est inutile et par là n^éme tyrannique , ils n ont été que les organes de la justice ; en adoptant un châtiment plus exemplaire que rigouieox, ils feraient plus , ils consacreraient Jies droits de Thomanité ; — ils méconnaîtraient lune et l'autre en conservant les lois sanguinaires. '^

Je reviens aux objections :

u L'idée de la séclusion , dit-on , entraînera toujours » ridée des grâces , des miti gâtions , de Tévasion , aug- » mentera par conséquent l'espérance du coupable et di- » minuera ses craintes »• Mais le supplice capital n'en* traîne-t-il pas la même idée ? Je dis plus ; que les grâces et les mitigations soient rares, que toutes les chances d'évasion soient détruites, et bientôt lespoir du méchant, qu'entretient encore si souvent l'emploi timide et inégal da

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