CHAPITRE VIU
cTÉcosse , des Pays-Bas , de la plupart des états septenrionaux de l'Europe , où souvent il s écoule plusieurs ■iiiées sans qu'un seul spectacle sanglant vienne affliger S8 regards? Et d'ailleurs, ne serait-ce pas plutôt aux vies encore si nombreux du r^ime des prisons^ qu'à la nanre du châtiment en lui-même , qu'il faudrait attribuer ette prétendue inefficacité?
« Tout jne démontre , dit Mably, que les lois contre le meurtre seront inutiles si on ne condamne pas le meurtrier à mort ; sans cette loi , la haine ou la vengeance d'un lâche pourrait se satisfaire en jouant, si )e puis parler ainsi , un jeu trop inégal contre le citoyen dont il méditerait la mort : l'un ne mettrait en jeu que sa li- ]>erté , l'autre y mettrait sa vie. »
Et si la perte de cette liberté , si l'affreuse solitude, si ne infamie prolongée sont plus terribles pour lui que la lort , ne serait-ce pas également lui accorder une grâce , ai assurer une espèce d'impunité que de lui montrer l'éhafaud?
« Laséclnsion sera trop souvent une source d'arbitraire, » de partialité, d'injustices ; les gardiens accorderont à For ■ du riche , ce qu'ils refuseront aux larmes du pauvre : de
* là l'inégalité de la peine pour les coupables des mêmes » crimes. »
Cet abus sera facile à prévenir à l'aide d'une surveillance exacte , de châtimens sévères sanctionnés contre cette espèce de corruption.
« Il est possible que l'homme lâche et vindicatif dont
* la crainte de la mort aurait arrêté les projets homicides ,
* ne calculera à la fin de sa carrière les chances de la se-
54 JDE LA PEINE DE MORt,
« clusion, que pour se déterminer à satis&ire une Vâi* » geance qui ne pourra lui coûter que quelques mois, » quelques jours peut-être d'expiation. »
Mais cet homme accablé d'infirmités ^ toturmenté pir un mal incurable , excité par le d^espoir, ne pourra4-îl pas ^[alement s*enhardir à commettre un assassinat qui, s il est puni de mort , ne l'enlèvera que {4ut6t et sus douleur aux souffrances qu'il éprouve? Et d'ailleurs, toot en supposant Texistence d'un scélérat aussi méthodique, cette seule raison serait-elle suffisante pour justifier, pour nécessiter l'emploi du supplice capital (9) ?
« Supposons , ajoute-t-on, qu'un voleur, jeuneenoore, » pour un premier vol soit condamné aux travaux ùmé M pour un terme de dix ou quinze ans ; supposons qn'im » scélérat , f>arvenu au déclin d une carrière souillée de » forfaits, soit condamné au plus fort degré de la sédn* » sion : si la loi de la nature enlevait au bout de quelque » temps ce dernier aux tour mens de la captivité^ ne serais » il pas évidemment injuste de laisser l'autre, quoiqne » beaucoup moins coupable , gémir encore plusieurs anj» nées en prison ? »
Mais cette prétendue injustice n'existe-t-elle pas i pins forte raison lorsque de deux condamnés à la même peine, l'un meurt et Tautre reste accablé sous le poids du châtiment ? lorsque Ion envoie sur le même échafaud celui qoi craint la mort et celui qui sait la braver, le vieillard et le jeune homme, Thomme malade et Thomme bien portant, l'assassin par passion et l'assassin froidement féroce , k meurtrier de son ennemi, et le meurtrier de son pèfft de son épouse , celui qui n'a commis qu'un seul assassinat