CHAPITRE VIII
le fanatisme ou Torgueil. S'ils ne communiquent pas' arec le monde extérieur , s'ils ne parlent pas , on ne peut pas dire que leur intelligence soit parfaitement inactive.
» On raconte que des voyageurs naufragés dans des îles inhabitées , ont été trouvés après plusieurs années , sains de corps et d'esprit. Sans doute le besoin de pourvoir à leur subsistance , la nécessité de faire de l'exercice , l'espoir de voir aborder quelque bâtiment libérateur devaient faire une diversion utile , et si ces infortunés étaient privés de toute «ociété humaine , leur intelligence s'exerçait sur tout le reste de la nature. Ils conservaient l'espérance.
» On a l^eaucoup paillé de quelques individus trouvés dans les forêts , et qui étaient, dit-on, devenus sauvages par la séquestration de toute société. On a mal jugé ces prétendus sauvages ; c'étaient des imbécilles qui s'étaient égarés de leui^s habitations, ou que leurs pai*ens avaient abandonnés.
» Dans les écrits sur les prisons ,on rapporte que des individus ont été renfermés dans des cachots , privés d'air , de lumièi*e , de toute communication , et qu'ils sont sortis dé ces anti*es , après plusieurs années, souvent infirmes de corps , mais jouissant de leur intelligence.
M On lit dans quelques ouvrages, que des moines qui avaient été condamnés à vivre dans des cachots souterrains , sans air , sans lumière , ont été arrachés de ces vade in pace , accablés d'infirmités ; mais les historiens les plus exagérés ne disent pas que ces infortunés eussent peixiu la raison.
M De ces faits qui ne sont que sommairement indiqués, ne peut-on pas tirer cette conséquence , que l'iiomme peut , sans danger pour sa raison , êti*e privé de toute communication avec se% semblables, beaucoup plus long -temps qu'on ne pourrait le penser , et que son intelligence ne s'exerçant pas , peut s'afEaiblir , sans que sa raison en soit essentiellement altérée. *
» Dans la Pensylvanie , les coiipables sont condamnés à la restreinte solitaire y au supplice du repos et du silence; et ces malheureux avouent que c*est la peine la plus difficile à supporter, quoiqu'elle ne soit que temporaire. Aux Etats-Unis tous les auteurs sont unanimes sur les bienfaits de la restreinte oa séclusion , et ne l'accusent pas d'altérer la raison de ceux qui la subissent.
» La loi de M. Livingston , pour être bien jugée , devrait être connue dans ses moyens d'exécution ; car il ne suffit pas de condamner un homme à la séclusion. Cette séclusion peutelle être exécutée aussi rigoureusement que l'indique votre question ? Je ne le pense pas.
» Pendant dix ans, vingt ans, le condamné verra nécessairement le geoher ; celui-ci entrera dans l'habitation du reclus pour siu*veiller les objets de propreté, la literie , les vêtemens, pour les renouveler même. Le prisonnier parlera et ne pourra se défendre de l'espoir que. ses paroles seront répétées par le geôlier. Je vais plus loin : qui oserait confier la garde des prisonniers à un geôlier qui refuserait une parole de consolation à un malheureux au désespoir , et qu'il verrait tous les jours pendant dix ou vingt ans? Ce geôlier serait le plus inhumain des hommes. Il faut espérer qu'on n'en trouvera pas. .
» Le condamné, après quelque temps, exercera un métier qui fera naître les occasions d'échanger quelques paroles.
» Si le prisonnier est malade, le privera-t-on d'un médecin? ne pourra-t-il raconter ses maux ? le médecin ne pourra-t-il l'interroger ?
» Le condamné aura une croyance religieuse. L'habitant de la Lousiane est catholique ; le privera-t-on de l'assistance d'un prêtre ? sera«t-il privé , pendant toute sa vie , de la confession dont la religion lui fait un devoir ? Non , sans doute ; car les législations modernes tendent moins à punir l'homme coupa: