CHAPITRE VIII
deFaboIition de la flétrissure en France, jusqu'en Tan Xqu^elle fut rétablie , n'a-t-on pas trouvé , au milieu même des orages de la révolution , qui déplacèrent tous les hommes , et qui nécessairement multiplièrent le nombre des malfaiteurs , le moyens d^atteindre les coupables de récidives ? Que font les états où la mai^que n'est pas sanctionnée ? Sont-ils plus exposés ou plus embarrassés, que ceux où elle est d'un usage jour» nalier ? Disons-le donc : il y a de la paresse , de l'insouciance, ou tout au moins de la faiblesse , à chercher une garantie dans un supplice inhumain et révoltant; il y aurait de la force , de la dignité , à se confier sous ce rapport aux lumiè^ res et à la vigilance de la magisti^ature (i).
Mais la marque^ dit-on , est contre les récidives mêmes j le plus puissant présen^atif : après r expiration du temps de la peine , elle entretient un sentiment de crainte salutaire qui peut fa\^oriser le retour omx bonnes mœurs. — « T9'e$t-ce pas au contraire au mal qu'elle ramène par une sorte de destin presqu'inévitable ? Ne rejete-t-elle pas à jamais les condamnés qu'elle a flétris , de la classe des citoyens , pour en Ëdre une classe à part d'infâmes perpétuels dont le crime doit être désormais la seule profession (i) ? ^- En efiPet , peut-on penser qu'un homme qui frémit à la seule idée qu'il porte sur
peines temporaires; ce tableau contiendra les nom ^ pre'nom, domicile , etc. 9 du condamne' et la date du jugement.
» Ces listes seront adressées au ministre de la justice^ qui en fera dresser un tableau général , aussi par ordre alphabe'tique , lequel sera envoyé tous les ans à chacun des tribunaux criminels, i» — « Ce moyen simple et facile servira k constater la récidive et épargnera uneatteiifte 4 la morale publique. ( Observ. du trib. d'appel deCaen }.
(i) Observ. de la cour d'appel de Rennes.
(a) Idem.
lui le cachet ineffaçable de rinfamie, puisse encore sentir rai* guillon de Thoitoeur ? Le sentiment de la honte le tient dans une humiliation profonde ; il se croit sans cesse en butte au mépris et à Tiudignation publique ; et comment , dans cette situation , remonter aux habitudes de la vertu et aux sentimens d'estime de lui-même ? Comment avec ce stigmate flé- f trissant , embrasser un état honnête et trouver les moyens de subsister (i) ?
La flétrissure demeure cachée^ répond-on : mais dès-Ion le coupable , rendu à la société , n*a-t-il plus rien à redouter ? Son infamie , s6s tqurmens ont-ils cessé ? Le hasard , un a^ cident funeste ne peuvent-ils le trahir ? Cette idée ne k poursuit-elle pas pai*tout , ne fait-elle pas de chacun de sei instans un instant de martyre ? Stedman parle d'un français, nommé D estrades , qui avait introduit à Surinam la culture de Tindigo, et qui , pendant plusieurs années , avait joui dans cette colonie de l'estime générale. Etant che^ un de ses amis à Démérary , il devint malade d'un abcès qui se forma à l'épaule. Il ne voulut pas souf&ir qu'on le visitât : le mal empira au point de devenir dangereux , mais sa résistance fiit toujours la même. Enfin , n'espérant plus guérir , il termiBâ lui-même ses jours d'im coup de pistolet. Alors le secret fiit, révélé; on trouva sur l'épaule la marque d'un V, ou voleur^* m Cet exemple , que je cite entre cent , eati^e mille , ne prouvfrt- i il pas que la marque , en tendant directement à diminuer h bienveillance , renferme la chance d'une multitude indéfinie de piivations et de souffirances ?
En donnant un renseignement d* immoralité qui estât ^
(i) Observ. de la cour d'appel de Caen.
(2) Narrative of aD expédition against thereyolted negroesof Sariman, by major Stedman , ch. 27.