‹ De la peine de mortChapitre 148 sur 163 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

les cas, elle détruitles effets de la réhabilitation ; dans tous les cas , elle est irréparable ; l'innocent qu* elle a flétri Test pour toujours..;.

Ecoutons un pair de France qui a de si justes titres à l'admiration de ceux qui écrivent sur les lois criminelles ; écoutonsle pariant de là niarqué et de soii caractère ineffaçable , avec toute l'indignation d'un cœur généreux : « La marque ! celle de toutes les peines qui aurait dû être la pi*emière abolie, la plus atroce peut-être , la plus dégradante pour l'humanité , Id plus opposée aux remords et au repentir, la plus irreparor ble surtout , quand la justice a eu le malheur de se tromper ; car l'innocent dont le glaive a tranché la tête repose au moins dans la tombe , quand le coup fatal lui a été porté ; tuais l'innocent calomnié, réhabilité', et qui reste marqué!... Mais ce lâaire d'un département du Nord , le plus probe dès hommes, qu'à la suite de mon vertueux aihi Malouet , j'ai contribué à aiTacher du bagne des galériens, lors de ma rentrée en France ; ce père de sept enfans devenus autant d'orphelins ; ce mari veuf d'une femme tombée morte en apprenant la condamnation de son époux ; cet homme de vertu et de douleur, que de jeunes jurisconsultes du prétoire voulaient laisser en proie à tous les genres de supplices, pour T honneur de la chose jugée, €tdont au tnoinsnous avons fait triompher l'innocence, grâce i l'intégrité courageuse du grand juge d'alors ; concevez-vous, Messieurs, .quel tom^ment, quel vautour dévorait la vie de <^t homme de bien ; toujours agité , osant à peine sortir de <^ez lui, regardant toujours s'il avait dans ses poches ses lettres ^Q réhabilitation, dans la crainte d'un mouvement, d'un accident qui pouvait faire découvrir sur l'épaule du plus hon. ^^te des hommes le signe brûlant du crime le plus infâme (i).»

(i) Discours prononcé par M. de LalIy-TolIcDdal, dans la séance de ^ chambre des pairs, du 27 ayril 1819.

Quelle est la nation où la marque est en usage, chez laquelle ces paroles énergiques de M. de Lally-ToUendal n'aient trouvé de nombreuses applications ?

NOTE IV

Tout reste presque encore à faire dans nos prisons dTurope pour Tamélioration morale des détenus. Lorsqu*on pénètre dans ces lieux où ne devraient habiter que le remords et le repentir , on est douloureusement surpris de l'indifférence, de la gaîté même de ceux qui les habitent ; et peut-il en être autrement là,' où les victimes de la misère , de l'ignorance , trop souvent confondues avec les scélérats , restent sans cesse exposées à leurs exemples et à leurs séductions? — « On sait qu'en France les condamnés aux travaux forcés sont envoyés aux bagnes , on sait quelle sorte d'éducatioB ils y reçoivent (i), et avec quelles dispositions ils sortent ordinai-

(i) Qu'on en juge ; yoici des faits :

II y a quelques mois qu'on voulut donner une leçon aaz jTorçats df Brest. L'un d'eux s'e'tait rendu coupable d'une tentative d'assusiort sur l'un des gardiens; il fut juge' , condamné à mort et sabit sa seo' tence dans l'intérieur du bagne. Tous les forçats , enchalaéft , nu-tête et agenouille's, assistèrent à rexécution ; des canons chargés à mitraille étaient pointés contre eux, prêts à les anéantir au moindre mouTement de révolte.

La bastonnade dans les bagnes n'est qu'une correction de police intérieure administrative , infligée trésdiscrétionnairemen t d'aprèsl'or* dre verbal d'un commissaîrer Voici comme elle est décrite dans Icb Considérations sur les Bagnes , publiées à Pans en iSuS, pag. aS(t 39. u Ce châtiment consiste à appliquer sur les reins nus, un certain nombre de coups, avec une corde goudronnée de l'épaisseur d'an ponce. En un instant, la chair est déchirée, des tumeurs nombreuses s'élèventf se gonflent,se crèvent, et une rigole sanglante est creusée sous les coopf redoublés. Ah ! s'il se pouvait qu'un homme sensible, un magistratfôt présent à cette exécution, quelle ne serait pas son indignation si, voyant

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