‹ De la peine de mortChapitre 149 sur 163 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

rement de ces repaires d'infamie : j'extrais de la gazette des tribunaux (1826) un article curieux, signé par M. Ch. Ledru, avocat , sur le départ de la chaîne des forçats destinés à cette funeste expiation.

« Depuis plusieurs jours on avait annoncé à Bicêtre le départ prochain de la chaîne. Lundi , à onze heures , la nouvelle fut officielle. Ceux qui devaient la composer furent convoqués ; ils descendirent de leurs chambres^ dans une cour située au fond de l'établissement. Là , les habits de route étaient préparés ; ce sont des vêtemens de toile grise. Chacun des désipies s'en revêtit. Selon les réglemens , on doit leur couper les cheveux ras , afin qu'il soit plus facile de les reconnaître en cas d'évasion. Tous avaient pris ce soin par avance. On m'a assuré qu'ils auraient cioi subir la plus honteuse humiliation , si une main étrangère avait passé sur leur tête.

« Bientôt , et lorsqu'en présence de Vidoc et de ses agens , on eut fait la visite , les forçats quittèrent leurs rangs et s'avancèrent vers le milieu de la cour , où se ti'ouvait , à côté d'une enclume , une grande caisse en bois. C'est là que sont déposés les fers qui, de temps immémorial, servent successivement à ceux que la justice envoie aux travaux forcés.

te Arrivés, deux par deux, aux pieds de l'enclume, on les marie; ils se mettent à genoux ; dans cette position on choisit ,

les lambeaux de chair pendante , le sang qui ruisselle , il entendait les plaintes du patient et Taccent féroce de celui qui crie au bourreau : Pique y garçon ; l'on dirait que tu es mort ; pique donc , coupe , e'oupe //.' V Étonnez- vous ensuite, quand les journaux nous apprennent <lQ*un forçat yient à^éventrer froidement un ou plusieurs gardiens , ou autres prépose's, ou qu'il a fallu tuer quatorze forçats à coups de ftisil et à bout portant ! Par quelle connivence ou négligence dépareilles <eénes sont-elles possibles dans notre siècle et au milieu de nous?

selon leur taille , la cravate qui leur convient (ils appellent ainsi par dérision des espèces de triangles en fer avec lesquels on les attache par le cou). Jusqu'au moment où on referme ce triangle , les patiens rient avec leurs camarades , qui leur lancent des quolibets en termes d'argot,.,* Mais bientôt succèdent le silence et une sorte de terreur , lorsque , placés pour ainsi dire sous les coups redoublés du marteau qui rive leurs fers sur l'enclume , le moindre mouvement leui* ferait briser le crâne !

t( On attache ainsi chaque couple à une chaîne de 20 à 3o hommes, et dès-lors les condamnés ne peuvent plus se déplar cer qu'en masse,

« Cette opération a duré près de deux heures. ^6 condamnés furent apprêtés le lundi. Ils avaient été divisés en trois bandes : la première et la seconde se composaient des plus turbulens ; on avait réuni les plus paisibles pour former la troisième. Chaque bande alla se placer sur les bancs qui en. vironnent la cour ; les agens se retirèrent. Quand ces malheureux se virent libres de toute gêne et de toute retenue , je fus témoin du plus tiiste spectacle.

« On croirait qu'au sein d'une si affreuse captivité , et en présence d'un avenir si menaçant , il ne reste plus à l'homme qu'à succomber so^s le poids de sa douleur ! Hélas ! le diraije? ces inalheureux, dont la vie ne sera désormais partagée qu'entrç l'esclavage et l'infamie , semblaient s'être réunis pour un jour de fête. Trois d'entre eux, trois seulement, paraissaient comprendve l'étendue de leurs maux : ils étaient Us seuls , m'a-t-on dit , qui eussent reçu quelque instruction» Les autres , tantôt poussaient des cris de joie stupide, tantôt s'apostrophaient en grossiers calembourgs, tantôt exerçaient leur esprit en plaisanteries de ce genre : « Ah l que c'est amu- )) sant dp tirer là ficelle J On n'a qu'une redingote un peu pro-

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