‹ De la peine de mortChapitre 151 sur 163 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

n Le lendemain, à cinq heures et dganie du matin, je les rcrouvai tels que je les avais laissés. Seulement ils paraissaient Qoins gais , lorsque tout>à-cbup ils apprirent une nouvelle {ui parut leur causer une grande joie. Cest qu'on avait fait iescendre de Tinfirmerie plusieurs condamnés poui* les joindre à la chaîne. Les deux premiers parurent bientôt : Tun est an homme sans éducation ; Tautre est Jacques Mignon qui , nommé d'abord avoué àCorbeil , puis juge suppléant au même tribunal , et enfin juge de paix en 1816 , a été condamné pour crime de faux, le 5 avril 1821. Son visage est sillonné de rides profondes : la douleur les a tracées. On se souvient qu'après sa condamnation , il adressa à son fils un mémoire, où on lisait les lignes suivantes : » Je me suis trompé , j'ai fait une » fausse démarche ; mais je nai fait tort à personne. C*est X moi , je Ta voue , qui ai commis le faux ( ici il explique les » circonstances difficiles dans lesquelles il se trouvait ) ; com- » bien cette action , peut-être excusable, a-t-elle entraîné de » maux sur ma tête ! Au mois de novembre 1820 , j'ai été dé- » nonce à la justice, et par qui? mon cœur se brise de dou- » leur...» Aussitôt après mon arrestation , mon cabinet a été » spolié ; des papiers importans , des pièces nécessaires à ma » justification , tout a été enlevé I

» Une séparation de biens a été provoquée : ma femme > s est emparée de tout ce que je possédais , et je lui ai aban- * donné plus que je n'avais reçu de sa mère.

u Traduit à la cour d'assises pour un faux commis sans » intention de nuire j j'ai été condamné à la flétrissure , peine plus affreuse que la mort.

» Qu'elle a été cruelle la nuit qui a suivi cette condamnation I amour de la vie , amitié , nature , religion , tout avait dispani. Je ne voyais que l'infamie ; la mort était mon seul recours.

)» Tai voulu me la donner ! Bénie soit la Providence qui a 1» arrêté mon bras. Reconnaissance à l'homme charitable qui (( m'a prodigué ses soins pour me rappeler à la vie !

» Maintenant plus calme et résigné , je subirai mon sort T» quel qu'il soit : victime de la fraude , de l'ingratitude , de » la cruauté , i'ai tout oublié. ;

» Prêt à finir ma carrière , je ne fais qu'un vœu : qu'Ëlisa , » soit toujours heureuse ! Que mon fils ne s'écarte jamais du . » respect qu'il doit à sa mère , et qu'il donne quelques larmes » à son malheureux père ! )>

» Mignon et son camarade furent^èrre^ au milieu d'applaudissemens presque unanimes.

» Ce n'est pas tout : eh ! M. Tavocat, s'écria Boucher , oili » est-il donc ?» — « Il a pensé avec ses lunettes, ajoutait un au- » tre, qu'on le croirait toujours malade.... » Tous s'écrièrent: <c Allons , l'avocat , l'avocat , l'avocat ! »

» J'aperçus au même instant celui qui était la cause de tant de vociférations. . .. Il est âgé de 35 ans à peu près ; il se nomme Rey. Reçu avocat, il demeurait à Coulommiers, et a été aussi condamné pour faux. Il s'avance péniblement , accompagné de plusieurs employés de la prison. La mort est dans ses traits ; il n'ose lever les yeux, u Avancez donc , n'y a pas » d'affront ; ça sera joli la cravate au cou d'un avocat ! » s'écrient les forçats qui l'entourent. Les misérables ! ik ne comprennent pas les sentimens de honte et de repentir qui remplissent l'ame de l'infortuné Rey.

» Je m'approchai de lui pour lui offi*ir quelques consolations. u Monsieur, me dit-il d'un ton navré, je vous remercie ; vous N le voyez , j'expie amèrement ma faute ! J'appelle la mort M pour qu'elle vienne m'arracher bientôt à tant d'humilia- » tions. J'espère que Dieu disposera de moi avant mon arrivée » à Brest ! »

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