CHAPITRE VIII
i> Sept heures avaient sonné : on fait Tappel. Les forçats se rangent sur trois colonnes ; on visite leurs fers , en commençant par la première chaîne. Puis , à Taide d'une large échelle , ils montent en rangs serrés et deux de front sur de longues charrettes , où ils se placent dos à dos , les jamhes pendantes a l'extérieur. Ils ont à faire une route de 120 lieues , passant Les nuits sur la paille , dans des granges ou des établissemens publics.
)» Dès cinq heures du matin , une foule immense s'était portée à la barrière de Fontainebleau , extra muros j et le long de la grande route , pour attendre leur passage ; car le jour du départ d'une chaîne date parmi les solennités du faubourg S^. Marceau. Des bouchers , des boulangers , étaient là sui* leurs voitures , et réservaient des places à leurs amis.
» Ce n'était pas pour tout le monde une vaine curiosité. J'ai vu des mères qui tiraient parti de Tà-propos pour prêcher morale à leurs en fans.
» L'aspect de cette multitude paraissait distraire agréablement la plupart des forçats ; et chaque circonstance qui prétait matière à la raillerie, était saisie par eux avec avidité. A l'exception de quelques-uns qui s^efForçaient de cacher leurs visages mouillés de pleurs , ils étaient fiers d'attirer l'attention de tant de monde, et paraissaient vouloir se faire remarquer en luttant d'audace et d'effronterie. »
NOTE V
L'effet produit par l'emprisonnement solitaire n'est pas une simple théorie : il y a des preuves de fait , appuyées sur de bonnes autorités.
M. Howard ( pag. 182 ) , parlant des cellules de Newgate , ajoute ceci : « J'ai été informé par ceux qui en avaient été
les témoins pendant long-temps, que des criminels qui avaient affecté Tair le plus intrépide pendant Tinstniction du procès . et n'avaient montré aucune sensibilité à Touïe de la sentence de mort, avaient été fîrappés d'horreur et avaient répandu do larmes , en entrant dans ces sombres et solitaires donjons. >
M. Hanway ( pag. 74 )) rapporte , d'après un magistrat qui avait présidé aux prisons de Clerkenwell , u que tous les pii sonnicrs , renfermés dans les appartemens solitaires , avaient donné en peu de jours des signes extraordinaires de repentance (i) ».
Je l'ai déjà dit ; aux Etats-Unis d'Amérique Tefficacité de de la séclusion n est plus douteuse; l'expérience y a prouvé que cette peine était tout à la fois la plus redoutable pour le criminel et la plus capable d'effectuer sa réformation (a). Cette vérité se retrouve dans tous les écrits sur cet objet : « Nos propres observations , disent les membres du comité, chargé de visiter la prison d'Aubum ( état de New-York ) , et les renseignemens fournis par les gardiens , nous ont convaincus qu'il n'est pas de punition plus terrible pour les prisonniers , que d'être renfermés dans une cellule àpart. Ceux qui s'y trouvent, veulent en sortir à quelque prix que ce soit. Le pain et l'eau , la chaîne et le boulet , le fouet même ne sont rien auprès de l'emprisonnement solitaire (3). »
(i) V. Théorie des peines et des récompenses, par J. Bentham.t. i« c. 4i de V Emprisonnement,
(2) V. The report on the penitentiarjr sjrstem^ etc. — Rapport sur le système de peines et de correction dans les États-Unis , rédigé conformément à une résolution de la société établie à New- York, pour rechercher les moyens de préy enir le paupérisme, i v. in-80, New- York , 1832. (V. Rewue encyclopédique , t. i5» p. 5i5.)
(3) Rapport présenté à la législature le i3 mars 1821 , par le comité chargé de visiter la prison d'Anburn ( état de New- York).