‹ De la peine de mortChapitre 153 sur 163 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

NOTE VI

Quelques auteurs ont refusé à la société le droit de faire travailler les individus condamnés à la perte de leur liberté. Tout récemment encore, M. Benjamin Constant vient d'émettre la même opinion dans son Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri (troisième partie , chap. 12 ). Voici comment s'exprime ce célèbre publiciste : u De ce que j'ai le droit dans ma défense légitime, de tuer un homme, ai-je celui de l'obliger au travail , c'est-à-dire , de le réduire à la condition d'esclave ? Une maxime qui me semble incontestable, et sans laquelle l'esclavage aboli par la religion et les progrès des lumières, serait chaque jour à la veille de renaître, c'est que l'homme ne peut aliéner sa personne et ses facultés que pour un temps limité, et par un acte de sa volonté propre. Si l'usage qu'il en fait est nuisible , ôtez-lui en l'usage; si le mal dont il est l'auteur, est tel que la sûreté publique exige qu'il en soit privé pour jamais , condamnez-le à mort. Mais tourner ses facultés à votre profit , c'est revenir aux époques les plus grossières , c'est consaci*er la servitude , c'est dégrader la condition humaine. »

M. Taillandier réfute ce raisonnement de la manière suivante (i) : <( Il nous semble que ce passage renferme une doctrine beaucoup plus subtile que fondée en raison. Loin d'excéder le droit de la société, la peine des travaux forcés nous paraît morale , et sans aucune analogie avec l'esclavage , seul motif qui ait pu faire dire à l'auteur dont nous venons de transcrire les propres expressions, qu'elle excède le droit du pouvoir social. Effectivement, la peine des travaux forcés a un but

(1) V. Introduction au rapport de M. £d. Livingston, sur le projet du Code pénal pour la Louisiane.

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moral, parce que le travail est le plus grand ennemi du yi<ï(*. Or , si vous admettez que la société a la faculté de séquestrai' Tindividuqui a fait un abus manifeste de son état de liberté, il faut qu'elle ait de plus le moyen de le corriger , s'il est possible, ou du moins de ne pas le rendre pire qu'il n'était déjà. L'habitude du travail est propre à lui inspirer de meilleurs sentimens.Qui voyons-nous la plupart du temps, sur les bancs de la cour d'assises ? Des adolescens livrés à eux-mêmes depuis leur plus tendre enfance, et n'ayant mené jusqu'alors qu'une vie vagabonde qui les avait toujours tenus éloignés du travail. Qu'un pareil homme soit condamné , par exemple, à cinq années de réclusion , et qu'il entre dans la piison à vingt ans , pour en sortir à vingt-cinq ; si vous le laissez dans l'oisiveté , il y a cent à parier contre un , qu'après l'expiration du temps de séquestration, il sera rejeté dans la société pire encore qu'il n'était avant sa condamnation. Mais au contraire, Aiettez ce condamné en état de gagner honnêtement sa vie, apprenez lui un métier mécanique , faites-en un bon ouvrier, et vous veiTCz que , lorsqu'il sera rompu au travail , il s'apercevra qu'il y a plus de profit à être un honnête homme qu'un fripon. Il ne s'agit donc que de changer ses habitudes et de lui faire connaître par expérience , combien il est préférable de se livrer à un travail honnête et bien réglé , que de vivre dans le vagabondage et l'oisiveté. — Mais peut-être dirart-on que si on ne peut contester l'utilité du travail imposé aux condanmés , ce n'est pas un motif suffisant pour proclamer le droit de les obliger à ce travail , et que dès-lors il y a similitude à l'escla* vage. — Nous avouons qu'il nous paraît difficile d'apercevoir aucune trace de ressemblance entre les travaux publics et l'esclavage , malgré le développement que M. Benjamin G)nstant a donné à cette idée dans son Commentaire sur F'ilangieri. Toutes les fois que le citoyen aura le libre arbitre d'être ou

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