CHAPITRE VIII
nouvelles offenses, et de ces huit, cinq étaient étrangers (i) )». *
Qu'on compare à ces résultats ceux produits par nos prisons d'Europe ; quon compare les abus nombreux qui s'y perpétuent avec les améliorations qui tous les jours ajoutent à l'efficacité du système pénitentiaire adopté aux Etats-Unis , et l'on compi*endra bientôt pourquoi nos législateurs désespèrent encore de la réformation de la plupai^t des criminels , pourquoi ces malheureux sont en effet presque toujours rendus à la société, après l'expiration de leur peine, plus pervers, plus hostiles que jamais.
NOTE VIII
Ces raisons ne convaincront peut-être pas tout le monde ; malgré ses palliatifs,plusieurs peut-être ne verront-ils dans ce long emprisonnement , dans cet abandon , dans cette privation de tous les bienfaits de la nature , qu'une peine plus dure que la mort ; peut-être alors , par humanité, se décideront-ils pour ce dernier châtiment : k Hé bien ! leur répond Duport (2) , si c'est par compassion que vous établissez la peine de mort,décemez-la donc aux simples voleurs , aux fripons , et réservez une peine plus forte pour ceux qui ont assassiné , empoisonné leiu*s semblables! Ne voyez-vous pas que, quelque chose que vous fassiez, il faudra que le faussaire, le voleur avec effraction soient punis par une dure et longue détention? Alors, dans votre propre système, ces individus sont plus punis que l'homme qui a assassiné
(1) V. Théorie des peines et des récompenses, par J. Bentham. Paris i8a6, t. I, c. 12.
(a) Discours prononcé à Tassemble'e nationale de France , le a3 mai
son bienfaiteur. Voulez-vous donc favoriser ces attentats plus que les simples larcins , y inviter même en leur montrant une peine plus douce et passagère ? Que devient alors la justice! que devient l'ordre social , qui exige que la peine augmente en proportion de Ténor mité du crime ! Le voleur, menacé de douze années d'une prison afiBreuse , se dira : « Au lieu de dérober , je n'ai qu'à tuer , assassiner ; la peine sera moindre , je serai moins puni.... » Non-seulement ainsi vous donnez un funeste encouragement au plus grand des forfaits , mais vous assurez un brevet d'impunité à tout criminel qui ne craint pas la mort. Il n'existe pas au monde un individu qui ne redoute d'être douze années au cachot; ainsi dans notice système la répression s'étend à tous ; mais si vous ôtez la vie pour prévenir le meurtre , tout assassin qui est afiranchi de la crainte de la mort, ce qui n'est pas rare, peut impunément braver la société, la nature et les lois. »
NOTE IX
J'insiste une dernière fois ici sur l'inefficacité du supplice capital , siu* l'efficacité de la séclusion : s'il est prouvé que ce dernier châtiment soit le plus terrible pour la plupart de ceux qui seraient tentés de commettre des crimes , que Ton prenne garde de menacer exclusivement de la mort les glands forfaits, que l'on craigne même de la conserver dans les codes; car tout malfaiteur qui saura la braver, mais qui redoutera 'une captivité longue, pénible, ignominieuse, ne balancera pas à joindre le meurtre à tout autre délit pour obtenir Téchafaud , et le crime sera excité par le moyen même employé pour le prévenir.
Et qu'on ne croie pas que cette hypothèse soit impossible : l'existence pour beaucoup d'hommes n'est qu'un pénible fardeau; qu'ils joignent à ce dégoût de la vie, l'immoralité, la