CHAPITRE Vlir
scélératesse , et Ton verra de quoi ils seront capables ^ l'assassinat ne leur coûtera rîen , pourvu qu'il hâte Tinstant de leur propre destruction. Je le répète; l'amedes grands criminels n'est pas d'une trempe commune ; la lâcheté ne la domine que bien rarement , et la main qui s'est baignée dans le sang humain, consommerait également le suicide, s'il manquait de bourreaux.
Je viens de parcourir quelques numéros de la gazette des tribunaux de ce mois (février 1827), et les détails de deux condamnations à la peine capitale, m'ont fait frémir: deux malheureux , las de vivre , ne pouvant se déterminer à se donner la mort , ont tenté de la donner à d'autres , dans l'unique espoir d' être envoyés à l'échafaud....
Le nommé Rognon (Louis-Charles-René), âgé de vingt-huit à vingt-neuf ans , né à Saint -Valery-sur-Somme , accusé d'une tentative d'assassinat, a comparu le i4 février, devant la cour d'assises de Caen.
Cet individu n'a pas moins de cinq pieds dix pouces ; il est fort et bien constitué , sa figure est distinguée ; il se présente avec aisance , et s'exprime avec plus de facilité qu'on ne devrait le supposer dans un homme de sa classe. On remarque en lui des mouvemens brusques qui dénotent un caractère fougueux. Il entend avec beaucoup de tranquillité la lectiu*e de l'acte d'accusation , ainsi conçu :
Le 22 novembre 1826, Louis-Charles-René Rognon , forçat libéré , condamné par le tribunal correctionnel de Lille, à la peine de cinq années d'emprisonnement , fut amené par la gendarmerie dans la maison d'arrêt de Vire ; on le conduisit au Mont-Saint-Michel , maison centrale de détention , dans laquelle il devait finir son temps. Le même jour, il adressa au procureur du roi, au maire et au lieutenant de gendarmerie, trois lettres signées de lui , et dans lesquelles il manifestait ,
par d^horriblet expressions, la haine la plus violente et les desseins les plus erimincls contre la personne du roi. De sem* blables sentimens, exprimés par un tel homme, ne deraient sans doute inspirer que du mépris ; cepcmdant il était néces* saire d'approfondir les projets qu'il annonçait , afin de pouvoir plus tard surveiller ses démarches ; il fut interrogé plusieurs fois , et on ne tarda pas à se convaincre que le désespoir de la situation dans laquelle il se trouvait, et une extrême exaspération de caractère , lui avaient seuls dicté ces troii lettres. 11 révéla lui-même le motif qui l'avait fait écrire : fatigué de la vie , il avait plusieurs fois tenté de se suicider; mais, n'en ayant pas eu le courage , il avait cru que Tayeu d'un complot formé contre la personne du roi 9 suflh'ait pour faire prononcer contre lui la peine capitale.
Un mois s'étant écoulé , la procédure était sur le point d'être terminée, et Rognon allait bientôt être de nouveau dirigé \ers le Mont-Saint-Michel , lorsqu'il se rendit coupable d'un crime qui devait le conduire à la mort qu'il désirait* Le 28 novembre, vers les sept heures du soir, il resta seul levé dam la chambre où il avait été placé avec plusieurs autres détenus. Après s'être promené quelques instans dans cet appartement, il veut se coucher près du nommé Hamel, et on l'entendit bientôt vouloir contraindre celui-ci à se tourner de son coté, et le menacer deTétrangler, s'il s'y refusait. Au même instant Hamel s'aperçut qu'il tenait un couteau ouvert à la main, et en sentit la lame prés de sa gorge ; il n'eut que le temps de te jeter en arrière et de fuir. Alors Rognon se leva , s'approcha du lit dans lequel étaient couchés deux autres détenus, les nommés Hardy et Vaultier , et voulut se coucher prés du premier. Vaultier lui céda sa place, en disant qu'il allait coucher avec Hamel. Rognon le prit par la main et voulut le conduire vers le lit de ce détenu, quoique Vaultier rengageât