CHAPITRE VIII
-à se coucher, et lui dit qu'il irait bien seul. Déjà ils étaient parvenus dansTauti^e partie de rappartement,lorsque Rognon saisit tout-à-coup Vaultier par le bras et le frappa de quatre coups de couteau dont trois Tatteignirent à la tête , et le quatrième lui perça le bras gauche ; puis il s'approcha de la fenéti'e , appela lui-même le concierge , en disant qu'il venait de tuer un homme, et que le sang coulait. Aussitôt que le concierge fut entré dans l'appartement , il lui dit que c'était lui qui avait frappé Vaultier, et lui remit lui-même le couteau ensanglanté. Ainsi Rognon venait de commettre un assassinat en présence de plusieurs témoins ; il convenait de son crime, et loin de chercher à en faire disparaître les preuves, il livrait lui-même l'arme dont il s'était servi.
Une semblable conduite de sa part démontre qu'il était encore animé des mêmes pensées, qui lui avaient dicté les lettres écrites aux magistrats de Vire. Il n'avait menacé Hamel , il n'avait frappé Vaultier , qu'avec la résolution , prise depuis long-temps , de finir sa vie en commettant un crime qui de* vait entraîner la peine capitale. Effectivement, antérieurement au 28 novembre , il n'avait eu avec ces deux détenus aucune discussion, aucune rixe ; il ne les connaissait pas avant son ai'rivée dans la prison de Vire. Depuis, on le vit toujours vivre avec eux en bonne intelligence ; lui-même est convenu dans ses inten^ogatoires qu'il n'en voulait point à Vaultier, et cependant il a déclaré qu'il l'aurait tué s'il avait pu , et qu'il croyait qu'il en avait fait assez. Il a ajouté qu'il ne s'est porté au crime dont il est accusé, qu'afin d'en finir de suite, et qu'il ne fût plus question de rien. Son existence lui esta charge depuis qu'il a été mis sous la surveillance de la police ; il n'a pu se donner lui-même la mort; mais si cela ne va pas bien pour cette fois , ce sera pour une autre ; il est décidé à assassiner tel ou tel individu qu'il'rencouti^era, afin d'être condamné au der'
nier supplice ; il marcherait dès à présent à la mort sans de-« mander le moindre délai:
Cinq témoins ont été entendus dans cette affaire , et leun dépositions ont confirmé la vérité des faits de ^acc^satioQ. L'accus4 est convenu avec une franchise inexprimable d'être l'auteur du crime ; seulement il a prétendu avoir agi sans préméditation, et dans un moment où le dégoût delà rie avait troublé ses facultés morales. Interpelé par M. le pr&i- < dent, s'il avait- quel<jues moyens à ajoutera ceux présentés par ï son défenseur, 'il a répondu négativement; mais se toumaul brusquement vers le public , il a éleyé la voix, demandant à Dieu et aux homuiçs le pardop de sa faute.
Déclaré coupable de la tentative de meurtre, mais se trouvant dans le cas de récidive, Rognon a été condamné à la peine de mort. Les yeux constamment attachés sur la cour, il a entendu avec le plus grand sang-froid son arrêt, et n'a laissé apercevoir aucun indice de frayeur. Prévenu par M. le président qu'il avait trois jours pour se poiurvoir contre l'arrêt qui le condamne, il répondit que cela devenait inutile ; mais demanda pour dernière grâce , que le jugement fût affiché au Mont-Saint-Michel , pour qu'il pût servir d'exemple.
— Le tribunal maritime de Lorient vient également de stat^er sur une accusation de meurtre avec préméditation intentée au nommé Cabaret, âgé de vingt«cinq ans, condamné aux fers pour insubordination , et détenu depuis dix-huit mois au bagne die Lorient. La brigade , dont il faisait partie , était , le mercredi 1 4 de ce mois , de corvée sous les ordres de Le Guilcher, maître charpentier de la marine. Cabaret refusant de ti*availler. Le Guilcher ordonna qu'il lui serait retranché un demi-quart sur sa ration de vin , espèce de punition qu'autorise le règlement du bagne. Le refus de Cabaret continuant, on le fit coucher aux sables ; c'est ainsi que l'on nomme lui