‹ De la peine de mortChapitre 159 sur 163 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

cachot froid et humide , dont le séjour est très-rigoureuic dans cette saison. Le lendemain , Cabaret , de retour à la fà-. ftij^e , emprunte un couteau d'un de ses camarades , rencon-^ -fre Le Guilcher et Ten frappe ; un mouvement de Le Guilcher lui sauve la vie ; le couteau ne porte c[ue sur la lèvre inféxieure , qu'il coupe et détache presqu'entièrement. Le Guilcher s'enfuit et appelle au secours ; Cabaret saisit une hache, et le poursuit ; Le Guilcher courait le risc[ue d'être atteint dans un bureau où il s'était réfugié , lorsque des ouvriers , accourus à ses cris, et armés de leviers, entout*ent Cabaret , qui , sans opposer aucune résistance , jette sa hache et se livre lui-même.

A l'audience, M. Alphonse de Comorre , président, interroge l'accusé sur sa conduite et principalement sur ses intentions ; il lui représente que la violence à laquelle il s'est laissé emporter , ne peut s'expliquer par le ressentiment des peines légères qui lui ont été infligées.

Cabaret répond en avouant tout et en se chargeant luimême. Il a frappé, et il a frappé dans l'intention de tuer. l)epuis long-temps il veut mourir ; la discipline du bagne lui est insupportable, et il préfère la mort. La veille du jour où il a choisi Le Guilcher pour sa victime, il avait résolu de se détruire , et il s'était déjà procuré dans cette vue une paire de ciseaux , qu'un de ses compagnons d'infortune lui a depuis enlevée. Cette disposition sombre et mélancolique de son ame s'est changée en fureur, lorsqu'il a reçu les punitions de discipline , dont il se plaint comme d'une tyrannie , et la vue de Le Guilcher a porté cette irritation à son comble.

M. le.président : Ce n'est sans doute qu'à la vue de Le Guilcher que votre ressentiment vous a porté à l'attaquer ? Vous n'aviez point formé et mûri ce projet d'avance?

Z*accci5e.- J'avais si bien prémédité mon attaque, que c'est

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plus d*une heure avant Tiustant où je savais rencontrer Le Guilcher au chantier , que j'ai emprunté le couteau dont je me suis servi.

D, Vous n aviez sans doute pas» en l'attaquant, rinten-l. tion de le tuer ? Cette intention ne peut du moins s'induire du coup que vous lui avez porté , puisqu'il n'en est pas résulté une incapacité de travail de vingt joui^s. R. Mon projet était de le frapper au visage pour l'abattre à mes pieds , et l'achever ensuite.

D. Quand vous l'avez poursuivi , la hache à la main, on peut supposer que vous n'aviez saisi cette hache que pour vous ouvrir la porte du bureau ? R, Je n'avais pas besoin de hache pour enfoncer cette porte qui était ouverte.

Ici l'accusé , au moment d'exprimer de nouveau son intention , hésite quelques minutes ; la nature semble reprendre i son empire , et il dit que peut-être il se fût servi de sa hache 1 contre Le Guilcher; mais aussitôt il revient à ses premiers 1 sentimens , et supprimant toute formule dubitative : Norif aj6ute-t-il, je ne le poursuivais que pour le frapper.

Pendant tout son interrogatoire, Cabaret a été calme ;$od attitude a été celle d'un homme indifférent ; on ne se fût pas douté, à son maintien, qu'il y allait de sa tête. Sa physionomie ne s'animait qu'en parlant de sa mort prochaine , et alors %e% yeux étincelaient. Tout l'auditoire était dans l'anxiété et écoutait les aveux de l'accusé avec une sorte de terreur.

M® Reraly , son jeune et zélé défenseur, avait à remplir une tâche difficile. Avant l'audience , il avait inutilement supplié son client de le laisser discuter les charges , sans y ajouter par ses déclarations. Le défenseur n'était pas sans quelque espoir d'éviter l'application du règlement des chiourmes , qui prononce la peine de mort contre tout forçat qui se sert d'un couteau pour en porter des coups , et , rentianl

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