CHAPITRE VIII
ensuite dans les termes du code pénal , d'écarter la circons» 'ftance de la préméditation. M. l'aumônier du port avait déjà dEait la même tentative , avec aussi peu de fruit : il avait déclaré à l'accusé que son défenseur entrevoyant quelques lances de succès, la religion lui faisait un devoir de ne point s'y soustraire , sous toutes les peines réservées au suicide. Mais rien n'avait pu changer les dispositions de l'accusé ; et k l'audience, lorsque son défenseur, discutant la circonstance delà préméditation, a jeté quelque incertitude sui* l'intention de donner la mort , Cabai^et a interrompu la plaidoirie : « Non , s'est-il écrié, je ne souffirirai point qu'on révoque en doute mon intention réelle ; j'ai médité , j'ai tenté de donner la mort à Le Guilcher, et si j'ai manqué mon coup, c'est parce que je n'ai pu réussir. )>
M" Keraly, sans se décourager , s'est emparé de la déclaration même de l'accusé pour signaler au tribunal cette pensée £xe de la moit, qui donnait à toute la conduite de Cabaret le caractère manifeste d'un suicide ; et , comme il examinait (|uelle pouvait être la force de ses aveux, l'accusé s'est levé de nouveau : » Si vous vous laissez séduire par ces moyens , i-t-il dit aux juges , je vous déclare que je recommencerai ; Dtez-moi la vie , si voulez la conserver à d'autres. »
Vaincu par tant de persévérance , le défenseur l'a recommandé à l'indulgence du tribunal. Cabaret, en se retirant , a supplié les juges de lui épargner la guillotine, et de le condamner à passer par les armes : u Non pas pour moi , a-t-il ajouté ; car il m'importe peu de quelle manière finir ; mais à cause de ma famille, n
Il a été condamné, à la majorité de quatre voix contre une , à avoir la tête tranchée. C'est le Code pénal qui lui a été appliqué, et non le règlement des chiourmes , dont nous ne manquons jamais de contester le caractère légal.
300 DE LA PEINE DE liORT,
Cabaret a été exécuté le surlendemain 21 février. On a déployé l'appareil accoutumé. L'échafaud était dressé en fine de la porte du bagne : tous les condamnés Tout entouré d'un côté ; de l'autre , un détachement de l'artillerie de la manne L ceiiiait la place et garnissait le pont de l'amiral. A l'arriyée \\ des condamnés, les armes ont été chargées sous leurs yeux, et quatre pièces de canon ont été braquées sur cette foule découverte, immobile et silencieuse. Loi*sque Cabaret a para , ses malheureux compagnons , la tête nue , se sont mis â ge- DOUX ; il a marché d'un pas ferme à l'échafaud, a prononcé quelques mots, et a cessé de vivre.
Ce genre de supplice contient plus les condamnés militaires que l'idée même de la mort. L'un de ces infortunés a été entendu ces jours derniers, disant que s'ils étaient sûrs d« n*étre que fusillés, pas un de leurs gardiens ne resterait en vie.
Que ses faits nous avertissent , que . les réflexions sérieuMt . qu'ils doivent provoquer , ne soient pas perdues pour Ta- L venir ! Pénétrons-nous bien de l'idée que la conservation de ^ la peine de mort peut journellement en provoquer de sem* blables , que si elle n'existait pas, de tels attentats seraient un* possibles. |
NOTE X
L'efficacité de la séclusion doit dépendre surtout de la bonté du système pénitentiaire ; elle serait incompatible avec le régime actuel de la plupart de nos prisons : avant donc que de l'adopter , on devrait entreprendre d'importantes réformes , abolir de nombreux abus , créer de nouvelles institutions. Les Etat-Unis d'Améi*ique nous ont beaucoup appris sous ce rap port, et si, tout en les admirant, nous avions suivi leur exemple,peut-être n hésiterions-nous plus aujourd'hui à suivre franchement Timpulsionde la justice et de l'humanité.