CHAPITRE Via
Trop souvent nos gouvernemens d'Europe ont méconnu le grandes vérités, ou négligé de les mettre en pratique ; trop souvent Ton a traité de théories inexécutables , de rêves philantropiques , et l'on a i*ejeté des plans qui , légèrement mo* =lîfiés , auraient pu avoir les résultats les plus positifs et les plus salutaires ; trop souvent les travaux qui auraient dû tarir mme source de maux pour l'état , restent enfouis dans les archives des ministères. La routine exerce un empire illimité sur les choses de ce monde : les gouvernans ont leur indolence «omme les gouvernés, et les abus existans sont perpétués, sont publiquement défendus par ceux-mémes qui ne peuvent s*empêcher de les blâmer en secret. Il semble que celui qui parvient à la direction des affaires publiques reçoive , dès cet instant , un mandat d'immobilité ; il n'a des regards que pour le présent; sa pensée se rétrécit, se concentre au milieu de ses intértts particuliers ; elle ne sait ou n'ose plus interroger l'avenir pour le bien des peuples ; et la civilisation , qui seule ne peut ^e arrêtée , gémit en voyant que ceux qui auraient dû la ^der dans sa marche , restent indécis à l'entrée de la carrière ^t rétrogradent même à mesure qu'elle avance.
Une idée qu'on présenterait comme utile , devrait toujours Xre accueillie avec bienveillance ; discutée sans retard , son «jet ou son adoption devrait toujours être publiquement moîvé. La force de l'autorité repose surtout sur les lumières et es opinions individuelles ; si elle se refuse à leur influence , si iUe ne provoque même leur appui , ses actes ne peuvent être li justes , ni durables ; elle trouve tôt ou tard sa mine au iein même des fausses garanties qu'elle accumule pour sa sûreté.
L'un des plus beaux droits attachés à la qualité de citoyen est celui de concourir de toutes ses facultés au bien-être commun ; lui refuser ce droit ou le rendre illusoire, c'est l'exiler
de sa patrie, objet de son orgueil, c'est le forcer à rindifféreilce L pour la chose publique , et dès-lors à l'égoïsme désorganisateur des sociétés.
Il reste encore beaucoup à faire pour favoriser lexercioe |^ de ce droit , pour faire fructifier les notions utiles qu'il pourrait procurer : tant que l'on n'aura pas remédié à cette lacune, le pouvoir restera toujours en partie hors du peuple , el dès-lors aura toujours à redouter ses critiques et son mécontentement.
Entre plusieurs branches d'administration , je choisis celle des prisons. Combien d'écrits n'ont-ils pas dévoilé les abus intolérables qui s'y perpétuent ! Combien de voix ne se sont-elles pas élevées contre le plus tyrannique, le plus pernicieux des systèmes ! Combien de réclamations , de plaintes n'ont-eUes pas été adressées à ce sujet à l'autorité ! et cependant il a faUu des siècles pour lui faire croire à la possibilité de ces tristes vérités ; il faut encore maintenant des années pour en obtenir quelques légères réformes , là où elle devrait tout réformer.
Que reste-t-il à faire contre cette insouciance obstinée?— Écrire ? Mais l'on a déjà tout dit , tout révélé , tout preTU. Répéter ce que l'on a dit ? Mais l'on méconnaît la vérité , on forge des obstacles , on demande du temps , on manque d*ar gent , on combat vos raisons par des sophismes , ou l'on refuse de vous écouter. S'adresse-t-on à l'autorité supérieure? elle ne s'occupe pas de ces détails ; elle a ses agens , elle se repose sur eux? S'adresse-t-on aux agens? ils renvoient à l'autorité supérieure ; et les jours , les mois , les années s'écoulent , et la cause de l'humanité et de la justice reste toujours en suspens.
Il est vrai qu'on daigne quelquefois autoriser des associations de personnes charitables à porter du soulagement aux