‹ De la peine de mortChapitre 20 sur 163 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

DE l'efficacité MATERIELLE DE LA PEINE DE MORT.

On n*a droit de faire mourir , même pour l'exemple, que celui qu*on ne peut conserver sans danger.

( Rousseau , Cont, soc, )

L'effigacité matérielle de la peine de mort a été,dès son origine, sa plus puissante recommandation. Quoi de plus naturel en effet ^ que de se défaire d un être dangereux et de se venger en se procurant la sécurité? Une telle idée dut frapper les premiers peuples et les pfremiers législateurs. Le pouvoir surtout s'empara de cette arme redoutable et expéditive pour se défaire de ses ennemis ; il la ir^arda pendant long-temps comme sa défense et son appui; aussi voyons-nous que ce n'est souvent qu'à l'aide des ëchafauds, qu'il parvint à se maintenir et à se fortifier en quelque sorte contre Taudace des partis puissans, contre les menaces toujours renaissantes des conspirations , quelquefois même contre le mécontentement énergiquement manifesté desnations. L'instabilité des institutions,le manque de garanties , l'imperfection des moyens préventifs, tçruelle tyrannie des grands , la barbarie , l'avilissement

des peuples et plusieurs autres causes secondaires firent également passer le moyen destructif dans les mœurs et même dans les besoins des siècles passes.

Ne jugeons pas aujourd'hui Tefficacité matérielle du supplice capital d*après lautorité des anciens usages. Ce qui pouvait peut-être s'excuser alors , doit être prouvé maintenant comme une nécessité urgente : plus que toute autre, notre époque fut féconde en grands événemens et en grandes iricissitudes ; tout a pris son essor , tout s'est développé , tout s'est perfectionné ; la civilisation longtemps stationnaire , a soudain marché à pas de géant. Ce mouvement universel nous entraîne dans une carrière nouvelle ; il nous impose dès-lors l'obligation d'envisager désormais sous un point de \ue tout nouveau les plus hautes questions de politique et de législation.

C'est surtout par rapport aux crimes auxquels on adonné le nom de crimes de lèse-majesté et àe lèse-nation^ que l'efficacité matérielle de la peine de mort trouve encore aujourd'hui des apologistes. On croît encore que le gouvernement ne peut obtenir de garantie efficace , s'il n'extermine des adversaires qui ont menacé son existence et qui, du fond de leur cachot , pourraient peut-être continuer à diriger les trames de leurs complices. Mais on se trompe : les relations entre les peuples et les gouvernemens, les moyens du pouvoir, l'influencedcs partis, la nature même de ce qu'on appelle encore conspiration , tout cela est bien changé ou bien modifié de nos jours. Le régime constitutionnel surtout , en assurant des garanties inviolables à plusieurs nations , a aussi prêté un appui puissant à leurs gouvernemens. Ceux-ci ont commencé à sentir qu'ils ne pouvaient

Page 1