‹ De la peine de mortChapitre 21 sur 163 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

subsister isolés , que c était sur lassentiment et le vœu des peuples qu'ils devaient baser leur eisistence^ que c'était dansTopinion publique qu'ils devaient puiser leur force. En appelant donc tous les citoyens à concourir à l'autorité , en la plaçant en quelque sorte au milieu d'eux , en leur montrant partout la sécurité , le bonheur , la liberté liés à leurs propres intérêts , ils les ont attachés à leurs destinées. Dès lors l'influence des individus est de- Tenue nulle. Que pourraient en eflet les efforts d'un homme ou de quelques hommes, contre une masse inébranlable par l'union étroite de ses parties? Il fut un temps où un conspirateur n'avait qu'à se déclarer ; soudain un

parti formidable et mécontent s'attachait à lui : pourquoi? parce qu'il n'en voulait qu'au gouvernement et que le

gouvernement était hors du peuple qu'il opprimait, contre des hommes puissans qu'il redoutait : mais aujourd'hui le coBspirateur n'aurait plus d'appui , car il attaquerait ceux mêmes qui seuls auraient pu le seconder ; ce serait un criminel ordinaire et peu redoutable , condamné à succomber par sa propre insuffisance ^ et qu'il faudrait plutôt plaindre qu'égorger.

Voilà ce que l'autorité a gagné depuis peu d'années à Taidede quelques institutions libérales ^ de quelques garanties populaires, qui n^ont fait d'ailleurs que régulariser sa marche en assurant sa sécurité : mais qu'elle prenne garde cependant , elle n'a pas tout fait ; ce n'est qu'en continuant à satisfaire l'opinion, qu'elle peut obtenir de la dorée ; la mécontenter, la braver maintenant , serait engendrer bientôt une opposition plus formidable que celle de toutes les conspirations passées , opposition qui sur l'é-

chafaud même trouverait une nouvelle ëaergîe et Tassaraiice d'un triomphe pins prompt et pins complet. Mon JUs a plus d'une tête y disait nn patriote irlandais anbonrrean qni Inl présentait la tête sanglante d'un de ses enfans. Nul doute que tout un peuple se lèverait aujourd'hui à la vue du sang de celui que le gouvernement aurait cru pouvoir sacrifler au maintien d'un système oppressif, et , certes , ce ne seraient pas quelques bourreaux qui l'arrêteraient ( i ).

J'ai suflisamment prouvé , ce me semble , que l'efficacité matérielle de la peine de mort avait perdu dans œ siècle sa plus puissante recommandation : il me reste a l'envisager sous un pointde vue plus rétréci et par rapport aux criminels ordinaires que la société veut mettre dans l'impossibilité absolue de commettre de nouvelles offenses.

On argumente encore ici de l'insuffisance et de l'imperfection actuelles des moyens répressifs et préventifs; et, plutdt que de proposer des changemens et des améliorations qui pourraient conduire aux plus heureux résnl* tats , on propose encore une fois la mort pour trancher toutes les difficultés.

On voudrait, dit-on, remplacer le supplice capital par une détention perpétuelle; mais qui garantira la société contre l'évasion du détenu? Que de ruses n'inventera-t-il pas pour parvenir à son but ? Que de moyens n'emploiera -t-il pas pour corrompre ou endormir ses gardiens ? Séductions , promesses , rébel lion , tout sera mis en œuvre, et, s'il réussit, quel exemple, quel encouragement pour les autres criminels , quelle source de terrenrs et de maux pour les citoyens paisibles !

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