CHAPITRE III
blir un principe dont les conséquences pourraient devenir mille fois plus funestes que le mal qu'on -veut provenir. Qui sait même s*il ne servirait pas un jour de prétexte au sacrifice de l'innocent ? Qui sait si , avec un tel système , quelques soupçons , quelques indices ne suffiraient pas bientôt pour excuser et légitimer mille meurtres légaux? Je ne puis assez le répéter ; cette fausse précaution prend sa source dans une présomption aveugle , dans une crainte dénuée de fondemens. Quel concours extraordinaire de circonstances n'a-t-il pas souvent fallu pour entraîner le coupable à commettre le crime qui l'a perdu! et Ton suppose désormais ce concours inévitable ! et Ton établit comme une certitude que, dans des circons>> tances pareilles, la détermination ou l'entraînement du malheureux seront encore les mêmes ! Qu'on détruise donc le voleur qui aura manifesté l'intention de se Yenger de ses dénonciateurs ; qu'on détruise l'homme violent qui , dans un moment de colère , aura menacé les jours de son voisin ! On a souvent plus raison de craindre celui dont le cœur n'est pas encore oppressé du remords d'un grand crime, que celui que poursuit nuit et jour l'image sanglante d'une victime immolée ; il n'a pas encore l'expérience du meurtre, il ignore ce qu'il coûte à expier.
Mais, répond-on, on ne redoute pas tant Févasion de ces coupables ordinaires , pour lesquels le crime lui-même fat une terrible leçon , que celle de ces criminels endurcis , de ces scélérats de profession , liés par bandes , et dont les ravages ne peuvent être arrêtés par des moyens assez formidables. Qu'on se contente de les emprisonner ,
et bientôt leurs complices auront brise les portes de leurs cachots et les auront rendus au crime , plus audacieux et plus confians <jue jamais.
Serions-nous encore au temps des Mandrins et des Cartouches ? Nos vies sont-elles encore menacées, nos propriétés sont-elles encore journellement ravagées par ces hordes de brigands dontparlent nos anciennes chroniques? Quelqu*lmparfalts que soient peut-être encore les moyens de police dans la plupart des états civilisés , je les crois néanmoins plus que suffisans pour les prémunir contre les atteintes directes de cette espèce de scélérats : en eflêt , où sont-Us ces êtres audacieux , pénétrant au sein des cités, pour braver la force publique et délivrer ceux des leurs qui seraient tombés entre les mains de la justice ? Quels repaires , quels rochers Inaccessibles pourraient les préserver de la vengeance rapide de toute une contrée qu'ils désoleraient par leurs forfaits? Ce n est qu'aux époques de troubles et de révolutions , où la misère , les passions et la rapacité enfantent des crimes que rien ne peut réprimer , que ces agrégations d*hommes désespérés sont possibles : elles ne peuvent exister au sein des états où les lumières sont généralement répandues , où les classes Inférieures ont participé aux bienfaits de l'éducation , de rindustrie et de la liberté , où le gouvernement a acquis une force et une énergie nouvelles par le concours et l'appui de tous les citoyens.
Déplorons le sort des peuples qui n'ont pas participé à ce perfectionnement général ; ne nous étonnons pas s'ils sont par conséquent encore soumis à Paction fatale de tous ks fléaux des ancieus temps ;c'est leur faute et ils en portent