‹ De la peine de mortChapitre 24 sur 163 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

bien la peine ; mais n'excusons pas chez eux les moyens qu'ils employent pour parer à ces maux. L'Espagne et ritalie , au lieu d'envoyer leurs brigands à Téchafaud , feraient beaucoup mieux d'éclairer leurs habit ans et de chercher à amortir ou à diriger vers un but noble les passions violentes qui , jusqu'à ce jour , n'ont produit que des fanatiques et des assassins.

Mais vous ne vous apercevez pas , me dira-t-on peutêtre ici, qu'en contestant sous tous les rapports l'efEcacité matenelledu supplice capital, vous vous préparez à vousmême la plus forte des objections; car , que fera-t-on de tous ces criminels dont l'échafaud aurait délivré l'état ? Quelle prison sera assez vaste, assez forte pour les contenir? Quel repaire d'infamie et de corruption que l'endroit où seront accumulés ces êtres dégradés?

Je ne reculerai pas encore devant la prétendue évidence de ces inconvéniens ; et d'abord il est certain que , depuis Tabolition des supplices barbares, que, depuis que l'humanité a enfin recouvré une partie de ses droits dans les codes et dans les mœurs des peuples , le nombre des crimes et surtout des crimes atroces , a toujours été en décroissant : ainsi dans plusieurs provinces des Pays-Bas , il n'est pas rare de voir s'écouler plusieurs années sans qu'un seul meurtrier paraisse devant les cours d'assises ; il en est de même en Ecosse, dans quelques comtés d'Angleterre, aux Etals-Unis d'Amérique , en Suisse et dans la plupart des pays septentrionaux. Nous aurons l'occasion plus loin de revenir sur ce sujet et de déterminer plus précisément les causes de ces résultats si consolans pour l'humanité.

Et en supposant même que le nombre de ces criminels soit

aussi considérable qu'on le pre'tend , où est d'ailleurs la nécessité de les entasser dans une même prison ? Ne peuton les disséminer et les séparer tout-à-fait des autres coupables? Par ce moyen simple et facile, tout en pourvoyant à la sécurité de la société , on travaillerait aussi dans l'intérêt de la morale et de l'exemple. Abandonnés dans la solitude à la réflexion et aux remords , les illusions de ces misérables seraient bientôt dissipées, et le spectacle de leurs souffrances et de leurs larmes , loin de propager la corruption , ne présenteraient au contraire au méchant que Tavertissement terrible du châtiment qui suit toujours le crime.

On insiste encore , et j'emprunterai les expressions d'un célébra publiciste ( i), pour présenter le dernier argument des apologistes de l'eiScacité matérielle de la peine de mort : u De plus^ dit M. Benjamin Constant , cette peine » est la seule qui dispense les^^ouvernemens de multiplier )) à rinfini une classe d'hommes vouée d'office à des fonc- » tions odieuses , qui , remplies volontairement et briguées )» avec ardeur , sont une preuve de perversité et de corrup M tion. Je lai dit ailleurs, j'aime mieux quelques bourreaux n que beaucoup de geôliers, de gendarmes,de sbires; j aime M mieux qu'un petit nombre d'agens infâmes se fassent des » machines de mort que l'horreur publique entoure , que, » si partout on voyait pour un misérable salaire des hommes » réduits à la qualité de dogues intelligens, et qui. ennemis » soldés de leurs semblables , exercent une surveillance

(i) M. Benjamiu Constant , Commentaire sur Filangieri , a», part, chap. II*

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