‹ De la peine de mortChapitre 25 sur 163 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

» ombrageuse et farouche sur les malheureux livrés à leur »» merci » .

Certes , je ne disconviendrai pas que le meilleur moyen (le diminuer le nombre des geôliers , serait d'envoyer le plus de coupables possible à la potence , de dresser partout (les échafauds au lieu de bâtir et de peupler des prisons ; mais ce moyen si naturel de se débarrasser de quelques a gens infâmes, n*enttainer ait-il pas un mal beaucoup plus grand que celui que Ton voudrait prévenir ? Qu'on y fasse bien attention 5 si Ton se contente d'égorger quelques coupables , rien n'est fait ; pour parvenir efficacement au but qu'on se propose , il faut lui sacrifier la plupart de ceux que la loi destinait aux prisons .... Et c'est dans l'intérêt du coupable et de la société que Ton propose cette mesure extraordinaire ! Croit-on donc que le voleur pour se délivrer de la surveillance et peut-être de la tyrannie de ses gardiens , soit disposé i perdre la tête ? Croit-on que la morale publique et l'humanité auraient moins à souffrir da spectacle horrible d'exécutions souvent répétées , de la vue de bourreaux les mains toujours teintes de sang , que de l'idée de la corruption et de l'infamie de quelques geôliers , de la contrainte et des souffrances de quelques coupables ?

Quant aux gendarmes et à certains sbires , je sais quelle défaveur s'est attachée en France à leur nom et à leurs fonctions actuelles ; mais je n'en suis pas moins d avis ({oe leur institution primitive , telle qu'elle s'est maintenue en Belgique et dans quelques autres pays j fut un véritable bienfait pour la société , et même une condition indispen* sable de sa sécurité. Quoi qu'il en soit , les fonctions des

gendarmes et de tous les autres agens chaînés de poursuivre et d'accompagner les criminels, cessent à leur ^ard du moment que ceux-ci sont emprisonnés ; augmenter le nombre des exécutions serait au contraire leur donner une nouvelle importance , en leur imposant des devoirs plus fréquens^ plus continus.

Je conclus : Dans tous les temps la société a exagéré ses dangers pour justifier ses lïioyens; partout L'autorité s'est créé des prétextes pour donner le change sur ses craintes : la plupart de nos codes sont encore souillés de tout l'attirail des anciennes menaces contre les conspirateurs; par* tout on décrète encore la mort contre eux , et Ton ne songe pas que sous un gouvernement juste et libéral les conspirations sont désormais impossibles. Je le répète; c'est en marchant avec l'opinion des peuples et non en s'appuyant sur des échafauds que l'autorité trouve sa sécurité; J si elle dévie , elle se perd , et rien d'humain ne peut k ] secourir. ;

Mêmes craintes mal fondées par rapport aux coupables de toute espèce : la mort n'est pas le seul moyen de prémunir la société contre leurs atteintes ultérieures : il est j vrai qu^elle met quelquefois à couvert l'insouciance des ; agens du pouvoir, mais ce n'est pas ce qui doit lui servir ] d'excuse. \

Qu'on ne m'objecte point les exemples fréquens d'évasions : cela ne ferait qu'indiquer un vice à corriger aa plutôt : je ne croirai à la nécessité matérielle du supplice capital, que lorsqu'il sera prouvé, jusqua l'évidence, que la chance d évasion est inséparable du meilleur mode pos* sible de garder les criminels ; mais c'est ce qu on ne peut

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