‹ De la peine de mortChapitre 38 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Topinloii lui indiquent enfin les peines infamantes :mais à côté de ces mobiles dont l'action doit être universelle , tout lui révèle que ce n'est que sur la lâcheté et l'avilissement de quelques êtres dégradés , qu'il peut chercher à fonder Putilité des sanctions sanguinaires.

Pourquoi cependant la société attache-t-elle encore une si grande idée de sévérité à la peine de mort ? C'est parce €jue l'infamie l'accompagne ; c'est parce que,"sur la foi du préjugé qu'on nous a inculqué dès l'enfance, nous croyons que la séparation de Tame et du corps du malheureux condamné est accompagnée detourmens inouis ; c'est enfin , parce que cette peine est sanctionnée la première dans les codes, et que les âmes des hommes se moulentplus ou moins sur le caractère des sanctions de leurs législateurs. Mais qu'on sépare l'infamie du supplice capital; qu'on apprenne i apprécier le peu d'intensité de la douleur réelle occasionnée par la guillotiue ou la corde , moyens les plus généralement en usage de nos jours pour expédier les criminels ; qu'on fasse descendre le moyen destructif dans l'échelle des peines et qu'on le remplace par une peine nouvelle, et l'on apercevra bientôt que l'opinion par rapport à cette sévérité, nesera plus la même. On plaindra encore 1^ coupable , mais ce ne sera pas tant à cause de ses soufTranœs physiques qu'à cause de ses souffrances morales ; on frémira encore à la vue de sa tête sanglante , de son cada- Tre hideux , branlant à la corde de la potence , mais ce spec • tacle dégoûtant ne sera plus aggravé par la pensée de tortures inouies: l'horreur pour le supplice en lui-mêmeVem- .•I parera plus exclusivement des esprits, et remplacera une ^Ifartie de la compassion que l'on aurait vouée au patient.

Je le rëp^te ; la peine capitale considérée comme la perte de l'existence , ne peut être aujourd'hui que le supplice des êtres dégradés. Il est vrai que l'autorité l'a surtout prodiguée pour réprimer les crimes des basses classes , des opprimés , des malheureux de toute espèce que la misère ei le désespoir pourraient exciter à troubler le repos des riches et des puissans : mais a-t-elle pu croire que la masse des peuples ne participerait jamais aux bienfaits de la civilisation et des lumières , que l'éducation et l'industrie n'y formeraient jamais des citoyens utiles et vertueux , soscep tibles d'aimer leur patrie et de répondre à la voix de la nature et de l'honneur? Qu'elle jette les yeux sur la société actuelle , qu'elle juge , qu'elle décide.

Et qu'on ne suppose pas d'ailleurs que les crimes atroces ne puissent être commis que par des scélérats abjects: les grands vices comme les grandes vertus ne sont le pins soik' vent que l'apanage d'amesforteset résolues. Je l'ai déjà dit ; tous les siècles nous ont révélé que le fanatisme politique et religieux , source des plus horribles forfaits , ne domina ja* mais que des hommes d'une exaltation extraordinaire , d'un courage indomptable , qui savaient tout braver, qui couraient au-devant des supplices et qui semblaient encore acquérir une nouvelle éuergie à mesure qu on redoublait contre eux de rigueur et de cruauté.

Si , de nos jours, toutes les croyances, toutes les opinions se sont conciliées sous la garantie des libertés civiles et religieuses , si par conséquent les grandes passions ne peuvent plus exaspérer les masses , il n'est pas moins vrai que ces mêmes passions, quoique désormais contenues dans un cer cle plttsrétréci , sont loin cependant d'avoir perdu leur in*

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