CHAPITRE ÏV
d*uiie manière très-limitée ; toujours l'espérance vient se placer devant elle et diminue les craintes qu'elle inspire : d abord c'est l'espérance de ne pas exciter de soupçons et de jouir en paix des fruits du forfait,puis l'espérance d écarter les présomptions qui pourraient s'élever, puis celle de donner le change aux poursuites, de suborner les témoins ou les juges, de s'évader, d'échapper à la conviction , d'être gracié ; et le voile s'épaissit , et la perte de la vie n'apparaît plus pour lui , que comme pour tout autre bomme , dans un avenir incertain (lo).
Je l'avoue ; s'il était possible d'enlever l'espoir ou une partie de l'espoir au méchant, le supplice capital ne pourrait manquer de lui inspirer une terreur salutaire ; mais dès lors toute autre peine , pourvu qu'elle infligeât un mal supérieur au bien que l'on pourrait espérer du crime, serait tout aussi efficace. Cette vérité s'appuie sur un principe incontestable , adopté par tous les criminalistes , fortifié par l'expérience de tous les temps , et devenu la base des systèmes pénal s les plus libéraux et les plus répressifs; c'est qu'un châtiment modéré et ce^ain, est plus efficace ' qu^un châtiment atroce et douteux ; en voici la consé- ' quence : plus on pan^iendra à donner de la certitude aux peines ^ et plus aussi on pourra diminuer leur sét^érite.
Et qu'on ne croie pas qu'il soit impossible de se rapprocher encore de cette certitude. — Que la police redouble de soins et d'activité dans la recherche et la prévention des crimes ; que l'on sévisse contre les faux témoins et les agens corrompus ; que l'on détruise toutes les chances d'évasion ; que l'on établisse une organisation judiciaire
ëclairëe, indëpendante, agissant avec concert et marcliant fermement au but que Ton veut atteindre; que les jugemens soient prompts et motivés ; que les châtimens publics succèdent rapidement aux infractions qui les auront provoqué ; que Ton renferme le droit de grâce et de commutation dans les limites les plus étroites ; que Ton perfectionne , que Ton régularise enfin tous les moyens employa jusqu'aujourd'hui , et Tespoir du criminel qui paralyse presque toujours l'efficacité de la peine de mort actuelle, s'évanouira peut-être bientôt devant toute autre peine , qu'un concours si unanime , lui présenterait désormais comme inévitable.
Je ne puis assez insister sur ce point : l'intérêt , la t^ soif des jouissances , Tespérance parlent trop vivement à % rbomme dont le cœur est déjà criminel et dont les mains seules sont exemptes de souillure, pour que la menace d'un supplice indéfini , incertain, puisse faire sur lui une impression profonde et salutaire : l'impossibilité d accomplir son perfide dessein , la certitude d'une peine qui lui montre la % misère la plus affreuse , les privations les plus pénibles , comme les conséquences immédiates et infaillibles du J crime , qui lui enlève ainsi cet espoir sur lequel il basait ^ sa résolution , sont les seuls moyens qui puissent l'arrêter dans sa coupable entreprise; sans eux la mort la plus atroce ^ ne peut rien ; avec eux au contraire un châtiment modéré, humain pourra tout.
Si je voulais puiser dans les annales des tribunaux, ' combien de preuves n'y trouverais- je pas à l'appui de ces * vérités? J'y verrais la roue et la potence menaçant sans T cesse les voleurs , les criminels de toute espèce , et cepen- \