‹ De la peine de mortChapitre 47 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

couvre sa lâcbeté , son infamie , sa perversité , que Toceasion se montre favorable, que la victime désignée paraisse désarmée devant lui , que la fuite soit possible , et la , crainte d'un mal douteux ne sera plus qu'un bien faible obstacle à l'accomplissement de ses noirs desseins ( i3).

J'aurais voulu pouvoir passer sous silence le dernier argument des défenseurs de l'efficacité morale de la peine de mort, car j'avoue franchement que \e ne puis envisager ici sans horreur et sans eâroi ce supplice qui non-seulement enlève l'homme aux biens et aux espérances terrestres , mais semble encore vouloir le poursuivre au-delà du trépas , en lui montrant une éternité de tourmens ; mais l'importance qu'on semble encore y attacher m'impose en quelque sorte la nécessité d'en dire quelques inots.

« Je l'avoue » dit Mably, « La mort n est qu'un ins- 9 tant ; mais c'est un instant qui décide de tout ; il ter- » mine le temps et ouvre les portes de l'éternité. ...• »

K Qui peut , dit Filangieri , assurer le coupable de sa » justification auprès de Dieu?... La religion chrétienne, • à côté de la clémence d'un Dieu toujours prêt à pardon- > ner, ne nous montre -t-elle pas sa justice terrible? A t l'espérance d une éternelle félicité ne joint-elle pas la » crainte d'un tourment éternel ? Si un seul moment de i résignation peut racheter une vie toute pleine de cri- » mes, un seul instant de désespoir ne peut-il pas effacer ione longue durée de repentir? Cette incertitude ne » doit-elle pas rendre la mort d'autant plus épouvantable,

* que les suites , selon notre croyanee , en sont plus terri -

• blés? Le ministre même delà religion, n'accroit-il pas

tô DE LA PEINE DE MORT,

» encore les horreurs du spectacle que le criminel va of« » frir sur Tëcliafaud ? »

Nous n'examinerons pas ici jusqu'à quel point les honi' mes ont pu s'emparer d'un précepte religieux , ont pu de» ^ Tancer en quelque sorte les décrets du juge suprême , pour fortifier leurs menaces et leurs garanties. Nous n'exami' nerons pas jusqu'où peuvent s'étendre les limites du pou» ; voir des hommes sur leurs semblables ; si leurs mobiles ott leur vengeance ont pu franchir le seuil de l'éternité. L'es* prit s'abîme devant ces hautes considérations ; il n'appar- j tient peut-être qu'à Dieu seul de juger ici, de justifier oa de condamner les moyens des mortels.... (i4)-

Mais,quoi qu'il en soit,que peut-on espérer du doute que l'on fait ainsi planer sur la tête du malfaiteur? Si la mort par elle-même ne peut l'effrayer , ne se présente a lui que dans l'éloignement , si l'espérance le guide et le soutient, croit-on que l'idée de Tincertitude de sa destinée future, vienne soudain l'arrêter ? Croit-on que l'idée d'une autre .^ vie , fasse plus d'impression sur lui que sur les libertins^ et les méchans de toute espèce, qui la repoussent ou qoij s'en moquent jusques sous la faux du trépas? SU restait^ encore quelque sentiment de religion ou de moralité à J celui qui médite le crime , alors seulement je pourrais J croire que la pensée d'un Dieu vengeur serait quelquefois a suflisante pour remplir son cœur d'effroi; mais j'ose affirmer aussi que , dans ce cas , la seule impulsion de ce reste de vertu ferait plus que les menaces les plus terri* blés : si, au contraire , il a dépouillé tous principes rell gieux et moraux , il ne verra après la mort que l'anéantissement de son être , Téternité ne sera pour lui qu'un moi

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