CHAPITRE IV
tout objet qui pourrait servir à se donner la qiort, et Ton a raison, car presque toujours ils préviendraient le bourreau (i). Il n'est pas rare même de les voir sut^nonter ces obstacles et se dévouer volontairement aux torturas lès plus atroces pour se dérober à l'opprobre de l'exécution* Caritot , dans son Commentaire sur le Code pénal , rappelle le suicide d'un condamné à mort par là cour d'assi^s duCalvviios , qui^ sachant qu'il devait être exécuté le lendemain v ' ^ V^9 quoi* qu'il eût les pieds et les bras liés à des anneaux de ier scellés dans les murs de son cachot, n'en parvint pas moins par le travail le plus opiniâtre et que Fon aurait pu croireétre audessus des forces humaines , à s'étcigigler avbc les manches de son gilet ; ce qui dut lui faire souffiîr la plus longue et la plus cruelle agonie. , . •'• Dernièrement encore un eriminel , nommé Damoux , condamné à la peine de mort par la 4M)ur d'assises d'Agen , se suicida d'une manière noa moins épouvantable. Ce malheureux assujétit le nianched'un balai contre une des encoignures de la porte de la prison , puis , se pliant tar ses genoux, il se releva avec force, après avoir placé dans sa bouche la pointe du bâton ; le geôlier le trouva étendu par terre et sans connaissance ; l'instrument homicide avait pénétré plus d'un pied dans la poitrine ; Damoux mourut iq>rès vingt-quatre heures des plus horribles souffifances (2). Des exemples tels que ceux-ci , prouvent plus que tous les argumens que je pourrais alléguer.
NOTE VI
Les scélérats ont aussi leur philosophie ; elle consiste sur-
(1) Howard rapporte qu'à Amsterdam chaque condamné à mort était garde' à vue par deux prisonniers de la maison de correction , pour rempécher de se détruire. J'ignore si cet usage exbte encore.
(3) Le Beige du aa décembre i8a6.
tout à envisager la mort sans effroi , k l'aflronter même lorsqu*ib sont plusieurs à en courir les hasards.
Rien ne prouve mieux que le spectacle d'une exécution n*effraie tout au plus que ceux qui n'ont pas besoin d*étre effrayés , que ces vols innombrables commis jadis à la place de Grève , sous la potence , au moment même qu'on y attachait des voleurs. On sait qu'en Angleterre un jour d'exécution est encore un jour de fête pour les filoux , qui ne manquent jamais d'y braver, aux dépens des spectateurs, la loi de mort sanctionnée contre eux.
On se rappelle l'assurance de ces brigands , connus sous le nom [de chauffeurs ou garotteurs y dont le sang baigna nos échafauds au commencement de ce siècle ; on se rappelle Taur ' dace avec laquelle Salembier , l'un des derniers chefs de ces bandes dévastatiûces , et ses complices, condamnés à mort par la cour criminelle de Bruges , marchèrent au supplice ; ib avaient tous la pipe à la bouche ; leur chef , à leur tête , semblait commander une expédition ; leur courage ne se démentit pas un instant ; ils présentèrent la tête au bourreau avec une indifférence qui fit frémir tous les assistans.
Combien de fois même n'avons-nous pas vu des condamnés, placés entre le supplice capital et un châtiment d'un ordre inférieur , se décider dans cette terrible alternative , à se jeter entre les bras de la destruction? — Le nommé Petit -Jean, condamné en 1824 à la peine de mort pa]^la cour spéciale de Binixelles , se refusa , malgré les instances réitérées de ses défenseurs , à se pourvoir en .grâce ; il ne se rendit qu'aux prières et aux larmes de son père , accouru pour solliciter de sa part ce dernier acte d'obéissance. — En 1789, le roi d'Angleterre accorda aux femmes destinées à la potence et qui se trouvaient dans la prison de Newgate, la faveur d'être déportées à la nouvelle Galles-du-Sud. Dix-sept d'entre elles l'acceptèrent , mais