CHAPITRE IV
les gix autres s*obstinèrent à préférer une mort actuelle , menaçante, à laquelle rien ne pouvait les dérober (i).
Je pourrais à ces exemples, joindre ceât autres exemples non moins décisifs : je me bornerai cependant à ceux propres à révéler ici les résultats du supplice capital dans un pays oii son application n'est malheureusement encore que trop fréquente. J'emprunte ces renseignemens au rapport de M. Ed. Livingstoii(2).
Aujourd'hui en Angleterre , l'éloquence et l'érudition de la majorité des orateurs et des savans se sont liguées avec l'humanite de la nation entière pour tenter , non d'abolir la peine de mort ( une telle proposition alarmerait trop un gouvernement où la moindre réforme , dans un département , enb^aîserait une révolution dans tous ) , mais de la restreindre aux crimes les plus atroces. Cet objet a provoqué une enquête parlementaire , dans le cours de laquelle ont été présentés les rapports dont j'ai précédemment fait mention. Un de ces rapports contient des examens de témoins devant un comité de la chambre des communes ; et l'un de ces témoins , ancien solliciteur , qui avait , pendant plus de vingt ans , pratiqué dans les cours criminelles, me fournit l'extrait suivant : «( Dans ma pratique, j'ai reconnu que la peine de mort n'effraye nullement les voleurs ordinaires ; elle est plutôt, parmi eux , un sujet de risée et de raillerie, que de considération sérieuse. L'approche certaine d'une mort ignominieuse ne paraît faire mr eux aucune impression. Je les ai vus faire des plaisanteries après le prononcé de la sentence ; j'ai même vu la veille de son eiéculion , un homme pour lequel je m'étais employé , répliquer d'un air d'indifférence aux of&es de consolation et aux
(i) Hîstorical Magazine, ïeh. 178g.
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témoignages d'intéi*êt que je lui manifestais : <( N'est pas jonatf qui toujours gagne. » J'en ai entendu un autre dire , en n cannant : « Ce n'est qu'un saut , un coup de pied , im \x» saillement , et tout est fini. » L'exécution d'une partie des coupables , n'affecte en rien les auti*es condamnés qui attendenl leur tour immédiatement après y ils jouent à la paume, bouS fonnent et raillent comme s'il ne s'agissait de rien. J'ai été ter moin de la séparation de gens partant pour l'échafaùd , je n y ai jamais observé la moindre solennité ; ils avaient plutôt l'air de personnes qui se quittent pour un voyage à la campagne'^ que de gens qui se font les derniers adieux. Je mentionne cet paiticularités pour montrer le peu de fi*ayeur que les voleun ont de la peine de mort ; et que bien loin d'être arrêtés dam leur course perverse , par la possibilité de son infliction , ib ne sont pas même intimidés par sa certitude, n
Un autre de ces témoins respectables (un des magistrats de la capitale ) , interrogé s'il croyait que la peine de mort in* fluençât la détermination des criminels dans l'exécution àm délits , répond :
» Je ne le pense pas ; je crois qu'il est à la connaissance da toutes les personnes un peu au fait des associations crimii
nelles qui existent dans cette ville , que ces gens vivent ai ! bande et forment une espèce de confédération ; qu'il est rare ! que l'exécution d'un ou de plusieurs d entre eux affecte bt tit>upe, ou détourne les autres associés de continuer le même gem^ de vie. Des cas arrivés dans ma propre juridiction m'ont confirmé dans cette opinion. Durant une de mes sessions comme inagistrat , on conduisit devant moi trois per« sonnes accusées d*émettre de faux billets. Dans le cours de l'examen, je découvris que la circulation de ces billets, partait d'un chambre où gissait le corps d'un nommé Whetter ( exécuté la veille, pour le même délit ) , et qu'ils étaient distribués