CHAPITRE IV
oaux ; TuQe est une épouse, qui , pour contenter quelque vile
passion, ne craignit pas d'étoufifer le jeune enfant qui reposa
dans ses bras , qu'elle nourrit de son lait, qui lui sourit , qui
déjà avait appris à balbutier le doux nom de mère ; l'autre, est
une malheureuse fille , qui, dans un moment de désespoir, de
délire, crut éviter le déshonneur, la honte , l'infortune en dé*
tniisant une créature encore insensible, qu'animait à peine
un premier souffle d'existence. Le meurtre est également
prouvé ; on prononce la septence : sur qui donc est tombée
toute la rigueur de la loi ? La mère barbare est condamnée
aux travaux forcés à perpétuité , la fille séduite monte sur
lecha£Eiud !....
J'ose également le dire ; il y a plus que de l'inhumanité à supposer que l'infanticide, comme il est défini dan» le Code, est dans tous les cas un acte de barbarie atroce ; que par conséquent jamais il ne peut être excusable.
Quelles sont presque toujours les infortunées qui paraissent devant les cours d'assises, chargées d'accusations de ce genre ? C'est une malheureuse sans éducation , sans ressources ; die fidllit , c'était sa destinée ; elle possédait à peine un chétif Booroeau de pain qu'elle gagnait à la sueur de son boxA^ ou qu'elle arrachait quelquefois à l'égoïsme de l'opulent ; lorsqu'elle connut son ét^t , elle ne vit partout que la naisère la plus affreuse ; trop aviUe pour être prévoyante , elle n'eut qu'une crainte, celle de £ûre partager son sort à l'enfant qui allait voir le jour : son cœur ne savait pas parler ; elle renonça au titre de mère, dont elle ne pouvait connaître les charmées. . . • mais ce fiit par un crime.. ••
C'est une victime de la plus vile séduction : c'est en vain
qu'elle se prosterna aux genoux de son séducteur , c'est en
vain qu'elle les baigna de ses larmes , qu'elle le supplia de
àaauet au jcnoins un père à la créatui*e qu'elle portait dans
son sein : il Tabandonna à toute l'horreur de son état : alors l'idée de la honte qui résulterait de la découverte de sa faute, celle de la colère et de la malédiction d'un père, de la douleur d'une mère tendre et chérie , du mépris de ses proches , de l'opprobre qu'elle ferait jaillir sur sa famille , se réunirent pour l'accabler : elle songea à l'être qu'elle allait mettre au monde ; elle le vit arraché à sa tendresse, à ses larmes, confié à des mains étrangères, livré à la société sans nom, sans famille , sans cesse poursuivi par l'opprobre attaché au vice de sa naissance ; elle ciiit entendre ses reproches, l'accent de son désespoir... son cœur se déchira. ... Elle n'avait pas d'amie à qui elle pût con' fier ses chagrins etsesremords; seule, abandonnée au milieu de tous ceux qui l'entouraient , elle dévora ses larmes , elle observa jusqu'à son souffle, de crainte qu'il ne trahît son afireux secret ; dans cette situation déchirante , les douleurs de l'enfantement vinrent la surprendre ; où trouver des soins , des secours ? où cacher son déshonneur ? Il n'y avait pas , elle ne connaissait pas d'asile où elle pût se réfugier,qui voulût recevoir l'enfant auquel elle allait donner l'existence : renoncera-telle à sa réputation , à l'estime , à l'amour de tous ceux qui la croient encore pure et dont elle fait encore la joie ?.... Elle hésita. ••• Mais le tableau de sa détresse se présenta soudain à son imagination, plus hideux que jamais; des souffi*ances atroces affaiblirent sa tête, sa raison s'égara , elle chercha un abîme pour s'y précipiter avec le gage de sa honte. . . . Elle n'était que malheureuse , elle devint criminelle....
C'est une épouse chérie , estimée de son mari , de ses enfans , de tout ce qui l'entoure : elle n'avait encore compté que des jours sereins , elle n'avait eu d'autres chagrins que ceux occasionnés par les maux et les fautes des autres, d'autres faiblesses que celles qu'occasionne et qu'excuse un cœur bon et aimant : son époux s'absenta : son voyage devait