‹ De la peine de mortChapitre 58 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ms coBtre l'être dont les yeux s'ouvrent pour la première fois

I la lumière ? Encore privé de l'usage de ses facultés les plus

précieuses , incapable de sentimens , de sensations distinctes,

peut-il déjà être envisagé comme existant par lui-même ?

Ne vit-il pas en quelque sorte de la vie de celle qui lui donna

le jour ? Peut-il déjà être l'apanage exclusif de la société ?

^Tappartient-it pas encore tout entier à ceux dont il reçut la

naissance (t ) ? — Envisagée sous un autre rapport , l'existence

db malheureux qui ne naît que pour le déshonneur , que

pour la misère , que pour l'abandon , au lieu d'être un bien-

6it pour la société , n'est-elle pas phis souvent un don fu-

Mste et même une charge pour l'état? En quoi donc, après

tout, l'intérêt publk soui&e-t-il par l'infanticide ? A ne l'envi-

siger que sous le rapport du dommage matériel , qui ne s'ap-

perçoit même que ce crime , bien loin d'être punissable ,

pooirait souvent être toléré comme un moyen de prévenir

et plus grands maux ?

L'intérêt puUic ne peut-êti«e ici que celui de l'immanité ;

(i) Planeurs peuples, comme les Athéniens , dans les lois de Selon, Ui Romains , dans la loi des douze tables, et les Chinois , ont même eiBside'ré cette propriété comme si positive , qu'ils oat attribué aux ftttns le droit de mort sur leurs enfans. Mais la rareté de ces assassinats diez les nations auxquelles ils furent permis, prouve aussi que la nature veille assez au soutien de ses droits. Hume , en citant cet antique »iage, et disant que Plutarque parle comme d*une maxime généralement ''eçue parmi les pauvres , d'exposer leurs enfans , ajoute.... u Peut être (ne , par une singulière connexion de causes , cette pratique barbare OBtribua plutôt à augmenter la population qu*à la diminuer. £n loignant la terreur d'une famille trop nombreuse , cela dut engager eaucoup de personnes au mariage ; et telle est la force des affections aturellesy qu'un très petit nombre auront le courage, lorsque la chose ent à Textrëmite', d'exe'cuter leur première résolution, n ( V. Princ. \iloê, , par le col. de Weiss , V a^ des délits et des peines. )

je le répète ,c*est l'outrager que de croire à la possibilitéd crime d'infanticide , sans admettre également les cire tances qui l'excusent , qui l'atténuent.

Je passe à des considérations d'un ordre supérieur.

L'étude des maladies qui affligent l'humanité, nousarév^ de nouveaux motifs d'attiibuer souvent l'infanticide à l'im sion rapide , irrésistible d'un dérangement moral.

Le fait suivant, puisé enti*e cent autres du même genre, rapporté dans le Courrier du Bas-Rhin du aa aodt 1826 , yre ici le champ à de profondes et pénibles réflexions :

» La petite ville de Frein walde , en.Poméranie, a été 26 juin dernier le théâtre d'un crime affreux .Un cordo à son retour des champs, trouva chez lui ses quatre enfans sassinés ( l'aîné avait 7 ans et le plus jeune 6 mois ) : la avait dispaiii. Le lendemain on la trouva cachée dans champ de bled ; on l'an'èta, et dès les premières questi qu'on lui fit , elle avoua qu'elle était l'auteur de l'assassi de s^ en&ns , et ajouta qu'elle les avait tués à coups de teau : on n'a remarqué en elle aucun signe d* aliénation taie : elle se repentait de son crime ; mais elle assura qu' avait été forcée de le commettre,malgré tous les efforts qu' avait faits pour se dompter , comme si elle y avait été sée par une puissance irrésistible. Elle déclara, en outre, chaque fois qu'elle avait été enceinte , elle avait com quelques vols de peu de valeur, et comme on lui avait dit les mauvaises actions d'une fenune enceinte passaient en M ^ ritage à l'enfant qu'elle portait dans son sein , que par cou séquent tous ses enfans devaient devenir des voleurs avei l'âge , elle regardait comme un bonheur pour ces malhen reuses créatures d'avoir quitté le monde. >»

Renferma- 1- on cette infortunée dans un hôpital de fo rioux? fut-elle livrée au bourreau? Je l'ignore 5 mais il n'

Page 1