‹ De la peine de mortChapitre 64 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Vous en êtes les assassins , leur crie Lactance , son ^ng retombera sur vous ; et comme s'ils en étaient effectivement couverts , le concile d'Eia^ire refuse de les réunir à la communion des fidèles , même à leur dernière heure (i).

On ne peut (jue déploi^er ici, comme sous beaucoup d'autres rapports , l'oubli de ces anciens principes , et s'çtonner que les royauinef les plus chrétiens , que les états du chef de l'église lui-même. soient peut-être ceux où, depuis plusieurs siècles, les exécutions aient été tout à la fois les plus fréquentes , les plus atroces et les plus inutiles.

NOTE XV

M. J. Bentham s'était adressé à M. leD*" Forde, ministre de la prison de Newgate , pour connaître son opinion relativement aux effets produits par les exécutions à mort : voici un extrait de la réponse qu'il en reçut :

«....Vous désirez savoir l'effet produit sur le coupable par la sentence de mort considérée comme punition et comme avertissement de s'occuper de l'œuvre nécessaire de sa conversion. Voici le résultat de mes observations à ce sujet : La condamnation du coupable n'est pas plutôt prononcée , que tout est mis en œuvre , soit par lui , soit par ses amis , pour obtenir un délai. Entretemps , c'est en vain que le ministre réunit tous ses efforts pour l'engager à réfléchir à sa teiTible situation , à l'éternité qui l'attend : ses amis transforment en certitude l'espoir qu'il a conçu de conserver la vie ; et jusqu'au moment même de l'arrivée de l'ordi^e inattendu pour son

(i) Oelator si quis extiterit fidelis, et per delationem ejus aliqiiis fuerit profcriptus vel interfectus , placùit eum nec in fine accipere commun io4icm.

V. Le discours de Pliilipon-de-la-Madeiaine.— B16/1. philosoph.yX,^,

exécution , la mort est peut-être l'objet qui occupe Jie moins sa pensée. — Que reste-t-il à faire al ors? Quelques jours sontils suffisants pour le réconcilier avec Dieu? Hélas! non. Tout * alors est désordre, embarras, désespoir. Est-ce là un temps propice pour l'instruire des vérités de la religion? Trop souvent il ne connaît pas même la signification de ce mot; souvent il ne sait faire usage du nom d'un Dieu, d'un sauveur, que pour le blasphémer dans ses discours. D'ailleurs, pour le distraire de toute pensée sérieuse, il est tous les jours visité par ses prétendus amis, par ses parents, par ses compagnons, qui tous , les uns avec de bons, les autres avec de mauvais motifs , l'engagent à mourir comme un brave , et qui, pour relever sçs esprits, ne manquent pas de le régaler de liqueurs fortes , ce qui occasionne fréquemment l'ivresse de l'infortuné patient, et éloigne de lui jusqu'à l'ombre du repentir et de la contrition. . . La conséquence de tout ceci (je parle en général) , est de la stupidité aux heures de la dévotion du matin,et le soir, de l'enthousiasme , des rodomontades , de vaines menaces de vengeance contre ceux qui provoquèrent sa condamnation. Enfin l'instant fatal arrive, il sait qu'il doit quitter ce monde, et autant vaut le quitter de bonne grâce. «Que diraient ses anciens » compagnons, s'ils allaient le voir mourir comme un lâche? 3» Sa mémoire serait méprisée , déshonorée. » Il monte sur l'échafaud, résolu, quelle que soit la crainte qui l'agite intérieurement de faire bonne contenance ; il salue les spectateun, donne unepoignçe de main au ministre et à tous ceux qui raccompagnèrent jusqu'au lieu du supplice , et ( suivant l'expression de la complainte ) , est lancé dans l'éternité... »

Qu'on n*oublie pas que le ministre qui donna ces détail», assista pendant plusieurs années à toutes les exécutions qui curent lieu à Londres , et qu'on frémisse en songeant que ce triste tableau, n'est que le type du dernier acte de la vie des criminels dans tous les pays où la peine de mort est en usage!

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