CHAPITRE V
mières, dans la morale, sans avoir besoin de recourir aux moyens sanglans. Mais la classe la jAus laborieuse et par conséquent la plus estimable de la société , «^appelle peuple comme jadis y et cela suf&t ; il faut , comme jadis , des exécutions publiques pour la retenir dans le devoir , pour lui prouver que la loi veille sans œsse et qu'elle ne menace pas en vain ; pour lui rappeler les forfaits les plus atroces et renouveler ainsi l'horreur qu'ils doivent inspirer ; pour lui inculquer l'idée in mal et celle du châtiment qui en est la suite ordinaire; pour lui donner enfin une grande et terrible leçon et la précaotionner ainsi contre Tégarement des passions , contre les tentations du vice. Voilà le complément obligé de cou éducation , voilà la suprême leçon de morale qu'on s'empresse de lui offrir î Et les chefs des ateliers et des fabriques , les entrepreneurs de travaux , les commandans militaires se croient obligés de seconder les sages vues de l'autorité y en envoyant leurs ouvriers et leurs soldats assister à chaque extermination d'un malheureux condamné*
Il est une errecur malheureusement encore trop accréditée de nos jours : les gouvernemens désespèrent encore trop souvent des moyens modérés et généreux : ils Croient apercevoir dans la société une classe d êtres tout k la fois durs , violens et lâches, et dès-lors ils supposent que la terreur , que le spectacle des supplices , sont seuls capaUes de les retenir et de les maîtriser , sans song[erqne ce prétendu système préventif ne peut tendre au contraire qu'à entretenir , qu'à perpétuer , qu'à augmenter ?ncore chez de tels êtres, les passions, l'inhumanité et l'a-
vilissement. Mais quils se tranquillisent ; leurs craintes sont aujourd'hui aussi mal fondées que leurs prëcautiom sont exorbitantes : la société n'a plus , comme jadis , ses classes déshéritées, vouées à l'opprobre et au vice ; j'oserais presque dire même que toutes ont été appelées à participer aux bienfaits de la révolution morale et intellectuelle qui , depuis quelques années , a changé la face du monde civilisé.
Je suis loin cependant de vouloir m'élever ici contre toute espèce de châtiment public : la publicité est inséparable des peines infamantes , si redoutées et si efficaces chez les peuples qui connaissent le prix de l'honneur et le besoin d'une estime mptuelle : je Toudrab seulement qu'on ne fît plus l'injure aux citoyens d'un état libre et prospère , de les assembler autour du hideux cadavre d'un assassin , sous prétexte de leur inspirer l'horreur de Tassassinat.
II est une puissance secrète et irrésistible, supérienret celle de la crainte , et à laquelle obéissent même les êtres les plus immoraux. Cette puissance est celle de la nature, qui Teille aussi à la conservation des individus. ; mais ce ^'est pas en réveillant Tidée de la vengeance et des récri* rninations, ce n'est^as en montrant le meurtre à côté dtt meurtre , qu'elle parvient à ses fins : plu3 modérée , pins bienfaisante , elle a mis dans tous les cœurs l'aversion au s^ng , la compassion et l'humanité : c'est à l'abri de ces seii timens que la société trouve sa garantie la plus efficace, que les passions haiqeuses se modèrent, que lennemi n'attente pas aux jours d un ennemi désarmé , que le faible repcontre protection , que les violences et le carnage u^
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désolent pas tous les jours la terre* Pourquoi les législateurs, au lieu de se reposer presque exclusivement sur leurs cchafauds , n'imitent-ils pas la nature? pourquoi ne s'emparent-ils pas de ces sentimens innés? pourquoi n'en fontils pas leur plus puissante garantie? pourquoi ne les lientils pas 4 toutes leurs institutions? pourquoi se refusent-ils si obstinément à l'idée que sans eux la crainte des peines sanguinaires n'est qu'un frein impuissant , qu'avec eux cette crainte est tout au moins inutile?
Mais si le pouvoir a méconnu jusqu'à présent cette importante vérité » l'opinion publique qui lui trace de loin la route qu'il doit suivre , Ta consacrée ; elle lui a même Jéji imposé ici des limites qu'il ne pourrait franchir sans péril.
Au siècle passé , les gibets et les potences étaient sans cesse dressés dans les carrefours ; rien n'était plus commun que devoir au bord des grands chemins, près des villes^ les Squelettes branlants des pendus. Oserait-on encore essayer aujourd'hui ces horribles expositions? Les appareils delà destruction ne feraient-ils pas déserter les campagnes et les routes que l'on choisirait pour les y dresser? Comment ^urrait-on empêcher même qu'ils ne soient dispersés, détruits avant qu'on n'y ait attaché les victimes désignées? Au siècle passé , on rouait , on brûlait, on torturait les criminels avec une parfaite sécurité. Quelle autorité miserait faire revivre aujourd'hui ces supplices atroces , Teplacer les roues , rallumer les bûchers , exhumer les anciens châtimens contre les coupables de lèse-majesté (i)? Au siècle passe, la plupart de nos délits actuels étaient classes au nombre des crimes punis de mort; rien n'était plus
ordinaire que la sanction de nouvelles peines sanguinaires : aujourd'hui , qui ne frémirait à l'idée seule de rappeler l'ancienne rigueur des codes ? qui ne craindrait de provoquer, même indirectement , Textension du domaine des lois de sang ?
Voilà ceque l'opinion humaine et éclairée a insensible- j ment gagné sur le préjugé et la barbarie : mais ce n*est ': pas là que doit se borner son triomphe ; elle a porté oa arrêt de réprobation sur la peine de mort tout entito, , et cet arrêt doit recevoir tôt ou tard son exécution.
Partout se fait remarquer l'heureuse révolution opérée, dans nos mœurs et nos garanties. Il fut un temps où la mort d'un coupable était une espèce de réjouissance pour toute Une contrée : dans Tabsence totale de mesures pré> ventives , au milieu des calamités les plus déplorables , il était naturel que le peuple applaudît au seul moyen qoi pouvait lui rendre une ombre de sécurité ; avec le scélént périssait une partie de ses <;raintes , et il accumulait sar la. tête des petits voleurs , la vengeance qui ne pouvait atteindre les grands brigands. — Mais cette haine avcBgle, ce besoin d'être rassuré à quelque prix que ce fut, devaienl s'évanouir avec les abus et les maux qui les provoquaient Aussitôt qu'à l'ombre d'institutions libérales , le peuple ^ commença à jouir d'un bien-être, d une supériorité dont il comprenait toute l'étendue , rin,fracteur des lois nefiit plus sacrifié à sa vengeance ; il ne fut puni qu'en verte de la seule justice ; on ne trembla plus à son aspect , on le mit en présence de la loi et on le jugea : la faiblesse et; la crainte devaient être cruelles ; il est du propre de la force d'agir avec équité et modération. Un crime est-8