CHAPITRE V
sommis ? On se repose sur la vigilance de la police et de la magistrature qui ne peuvent manquer d'atteindre le coupable : le coupable est-il saisi? on ne commence plus par l'abreuver d'injures et d'opprobre ; on attend avec une Tespectueuse confiance la décision des tribunaux : l'arrêt éd condamnation est-il porte ? ce n'edt pas tant sur le criminel que sur le crime que s'arrête Tindignation publicpe ; on plaint la victime , mais cette pitié va rarement jusqu'à la baine du coupable. Qu'on enferme celui-ci , qu'on le prive des jouissances de la vie , qu'on le livre à l'ignominie et au remords ; voilà ce que l'on doit à la partie lésée, au maintien de la morale et à l'exemple : aller ni-delà , le livrer à la mort , c'est faire jaillir de sa peine Bu supplice pour la société tout entière. — En effet, il lemble que l'annonce d'une sentence capitale soit l'anlonce d'une calamité publique ; une grâce, une commu- ^tion au contraire , sont regardées comme des victoires "emportées sur la loi que l'on condamne. Quiconque a issisté aux séances des cours d'assises, à. pu remarquer l'im* Pression produite dans ces occasions solennelles» Mais *horreur d'un cbâtiment cruel , immoral , l'intérêt qu'il répand en quelque sorte sur le condamné , éclatent surtout à l'approcbe de l'exécution. Qu'on écoute alors les paroles , qu'on sonde les cœurs , qu'on interroge les visa* ges; tout révèle le doute et l'anxiété , l'eJOTroi et la commisération : le jour de la mort d'un coupable, est un jour de Jenil pour tous les habitants de l'endroit où l'on a dressé Tinstrument du supplice. Cest alors que de sérieuses et pénibles réflexions viennent peser sur la pensée ; c'est alors que l'on frémit en songeant à l'exercice du droit douteux ,
incomprëhensible que s*est arroge rhomme snr son sem^ blable ; c'est alors que Ton se représente dans toute sa dé gradation, l'image d'un malheureux sans défense, égorgé de sang-froid devant la foule curieuse et affligée que le lé* gislateur entraine impitoyablement devant ses échafauds; c'est alors enfin, que le cœur et la raison des personnel sensibles et éclairées se réunissent pour prononcer la ré* probation d'une peine exorbitante , cruelle , et que la dis* position qui la sanctionne perd désormab tout droit â leur assistance*
J'ose le dire ; si la société tout entière avait à pronon* cer dans cet instant sur la conservation ou TaboUtion ià la peine de mort , son choix ne serait pas douteux ; la guillotine et la corde auraient le sort des roues , des pals etdei bûchers! (2).
Et cependant le peuple accourt au bruit d'une exécu* tion, ses regards avides semblent appeler la victime , son impatience est remarquable lorsqu'elle se fait attendre.. «• Oui , la multitude se presse autour de l'échafaud ; mais interrogeons les secrets sentimens qui l'attirent en ces lieux : est-ce l'instinct de la vengeance , la haine pour le coupable , le besoin de se repaître du spectacle de sa péni* ble agonie? Vient-il y témoigner son horreur pour le crime et son assentiment à la peine? vient-il y puiser de nouveaux motifs de vertu? Non ; c'est un spectacle qu'elle attend, c'est le besoin d'émotions fortes qui l'électrise, c'est le désir d'adresser un dernier adieu au condamné , it compatir à ses dernières souffrances , c'est la curiosité sur' tout, cette curiosité qui appellerait la moitié du genre ha« main au supplice de l'autre moitié , qui lentrainent d'un^