CHAPITRE V
nîère irrësîstîble : ces sentimens divei*s se peignent dans s les regards , parlent dans tous les discours , dans le nceméme. Des groupes se forment en attendant Tarîe du patient: là, on commente larrét de sa condamna- 1 ; là, on plaint sa jeunesse , son inexpe'rience ou son rement ; ici, on déplore la détresse de sa famille , l'aidon afi&eux de sa femme et de ses enfans ; dans un autre [roit, on va même jusqu'à excuser son crime : mais un rmure se fait entendre , il se prolonge et fait soudain ce au silence , au recueillement le plus profond ; le Ihenreux condamné est au pied de Tinstrument de son plice f quelques minutes seulement le séparent de Té-
aité A cet aspect, la nature reprend tous ses droits ;
curiosité , à la pensée du crime succède un sentiment iloureux , indéfinissable ; tous les cœurs se serrent : >t alors que les imaginations fortement ébranlées réident , compatissent de mille çianières différentes aux sations du patient : montre-t-il du courage , de la ce d'ame ? on l'admire (3). La résignation est- elle peinte ' ses traits , l'espoir d'une vie future semble-t-il briller us ses regards? c'est une victime, un martyr que l'on 3rçoit (4)* Parait-il insensible ? on plaint son aveuïuient. Affecte-t-il de l'impudence ? on détourne les jards en frémissant. Laisse-t-il éclater tout son désespoir? nrs la commisération est à son comble , les larmes couit (5)-. . Le moment où le bourreau s'empare de sa proie ur la dépouiller , pour l'apprêter , ne peut se décrire. . . core moins l'impression produite par le coup fatal : ce îst qu'en présence de l'échafaud qu'on peut s'en former le idée...» (6).
Le législateur croit offrir an peuple un exemple salntaire; il ne Ini prépare qu nn drame horrible, dont le bourreau et le condamné remplissent les rôles principaux (7) !
Et quelles impressions le citoyen paisible rapporte-t-S de ce sanglant spectacle? La satisfaction est-elle peinte sur ' son visage ? Se sent-il meilleur , plus bumain , plus fort contre ses passions et ses vices? Bénit-il la loi qui vient de lui assurer une si terrible garantie? S'empresse-t-il de ras* sembler autour de lui sa famille pour lui faire Taflreiix récit de Texécution ? S'empare-t-il de cet événement pour en faire le texte d'une leçon de morale à ses enfans? Lasf dit-il : « Si vous m'égorgez , vous serez égorgés à votrt tour ; » et cette leçon lui parait-elle indispensable , poQ^' former leurs jeunes cœurs à l'amour filial et à rhorreur . du parricide 7 •— Non , il revient triste et sérieux ; son» pi*it s'efforce de repousser les fantômes de son imagina* tion ; il recherche avidement les objets capables de distraire , de rafraîchir son ame oppressée , et Toubli qu'il implore, vient enfin effacer de sa pensée l'image funeste qui l'obsède (8).
Je le demande maintenant ; est-ce \k le but que se propose le législateur lorsqu'il appelle le peuple autour des échafauds *? — S'il savait s'arrêter là où doit nécessairement commencer la compassion pour le coupable , on ftp plaudirait à sa justice ; en allant au-delà, il transforme rftversion pour le crime en réprobation pour un mode de châtiment qui n'est plus dans les mœurs ni dans les be^ soins ; les idées s'arrêtent sur ce dernier objet, et le souvenir de l'assassinat est absorbé par celui du supplice atroce qu'on inflige à l'assassin.