CHAPITRE V
Je ne l'ignore pas cependant ; il existe encore des êtres lurs et insensibles qui savent contempler d'un œil sec et presqu*ayide , les scènes les plus hideuses ; semblables à 3e mauvais génies^ on les rencontre à chaque exécution , Ils y accourent avec empressement, comme à des réjouis- Mnces publiques: la consternation empreinte sur tous les irisages est l'objet de leurs sarcasmes , le désespoir même du condamné excite leurs railleries ; ils applaudissent à la dextérité du bourreau ou se moquent de sa maladresse ; on les croirait occupés à décider le succès ou la chute d'une pièce nouvelle , et c'est la mort avec toutes ses horreurs qu'ils ont devant les yeux (g) !..• Serait*-ce sur lapprobalion de ces hommes dégradés^ que le législateur voudrait appuyer l'efficacité de ses lois sanguinaires? Serait-ce d'un antre côté pour les tenir en bride, qu'il les appellerait à ses exécutions? Mais quelle inconséquence dans le choix de tels juges! quelle possibilité de réprimer certains penchans à l'aide des mêmes mobiles qui les ont excités ! Qu'il craigne plutôt de réveiller chez ces êtres farouches , les idées de récrimination et de vengeance; qu'il craigne surtout de leur révéler le secret de ses sanctions pénales ; car si leur imagination n est plus ébranlée ni par l'agonie, ni parle massacre de leurs semblables , s'ils demeurent impassibles ila vue du sang humain , tout est perdu ; ils ont apprécié le véritable degré de rigueur de la peine de mort , ils sont prêts à la braver.
Tel est l'eflèt inévitable des exécutions publiques : La ^edes souffrances humaines , excite d'abord le dégoût , l'effroi et la pitié : peu à peu on s*y accoutume ; on finit ^ enfin par y être insensible , quelquefois même par y éprou-
ver un sentiment indéfinissable de satisfaction. Qu'on ti*emble alors ; lorsque la voix conservatrice de la nature ne parle plus à l'ame , lorsque le dernier cri de Thumanité est étouffé , le grand pas est franchi : c'est alors que tons les penchans féroces se réveillent ; c'est alors que le mécbant puise au pied de Técbafaud le mépris de la vie des hommes : le législateur, en faisant égorger le criminel, loi apprend à considérer le meurtre sans effroi ; le bourrea» lui-même semble lui prêter son savoir et lui communiquer son affreuse assurance ; que l'occasion se présente , qu'a ennemi se montre à ses yeux , que les passions parlent ses sens , et l'on verra s'il sait profiter de ces terribles exefly] pies ! Qu'on fasse attention à ce que je vais dire ; si le si tacle d'une première exécution excite chez quelques specir tateurs l'envie barbare d*en contempler une seconde, i l'effusion du sang humain , loin de les révolter, semble les | réjouir , cpie la société tremble ; elle renferme dans soa sein desêtres beaucoup plus dangereux peut-être que ceni : qu'elle immole sur ses échafauds ; que chaque citoyea s tremble : rien ne la garantit plus de l'assassinat : la loicpa devait protéger son existence , a marqué elle-même sade^ truction (lo).
Et tout cela n'est pas une vaine déclamation. Qu'on mtj cite la nation chez laquelle l'emploi de la peine de mortf d'un châtiment barbare quelconque , exerça une infln< bienfaisante ; qu'on me cite la nation qui puisa devant potences et les gibets , l'horreur du vice et l'armour de vertu , qui^ sans l'exemple répété des supplices , n'ai pu mettre chez elle des bornes à l'accroissement des sordres et des forfaits : moi , j'en citerai cent au contraii