CHAPITRE V. II
l'être guidés , d'être retenus par l'exemple , par la terreur des peines, tout autre cbâtiment public et modéré ne pourrait manquer de prendre bientôt sa place^ et d'opérer les mêmes résultats.
Je dis plus ; le supplice capital est funeste pour la société; il est un mal , un reprocbe désbonorant pour tous ses membres; il offense les regards, il répugne à Timagination, il abaisse Tame , il y détruit la force et le mépris de la mort, germes des grandes vertus publiques ; il \£l même quelquefois jusqu'à inspirer la baine des lois et de leurs a gens ; il crée la nécessité des bourreaux qu'il dévoue avec leurs familles à toutes les borreurs de l'opprobre ; il offre sur*tout un exemple immoral en montrant la loi, impassible modératrice des passions bumaines , exerçant une vengeance atroce sur un être faible , désarmé , punissant le meurtre par le meurtre , lavant le sang avec le sang : loin de prévenir les plus borribles forfaits en les rappelant , il ne peut qu'agir d'une manière funeste sur les cerveaux faibles et malades ; il tend enfin à détruire l'influence bienfaisante des senti mens conservateurs que la nature grava dans tous les cœurs : plus il devient frètent et plus aussi il rend les bommes durs , insensibles, cruels; c'est alors qu'il réveille les pencbans féroces, qu'il enhardit à la vengeance , même à l'assassinat.
La nature le condamne , l'opinion le réprouve : fut- il utile pour attérer quelques mécbans , il ne balancera jamais son influence pernicieuse sur le caractère des individus en général; ne corromprait-il , n'endurcirait- il , n'avilirait-il qu'un seul citoyen sur mille , il faudrait encore
l'abolir.
Les législateurs veulent' ils donner une leçon durabl aux peuples? veulent*ils leur assurer la plus inviolable dei garanties humaines? Qu'ils brisent les premiers le glaiye de la justice ; qu'ils apprennent par leur exemple à entoo' rer l'existence du dernier des bommes, d un respect saint et religieux !