CHAPITRE V. I2d
L'explosion de ces sentimens si contraires à l'efficacité des pplices sanglans , est immanquable chaque fois que le peti' Jple n'est pas dévoré lui-même du besoin de la vengeance. Que Iks gouvei-nemensy prennent garde; l'efficacité de leurs garanties dépend surtout de l'opinion ; s'ils la blessent , elle se range 'Contre eux, et tout en croyant la maîtriser, elle leur impose à eux-mêmes des chaînes qu'ils ne peuvent secouer sans danger. Une exécution publique n'est souvent qu'un moyen d'appeler sur les arrêts de l'autorité , la réprobation du citoyen. C'est ce qael'on a presque toujours observé à la suite de ces prétendues conspirations , de ces procès de lèsc-majçsté ou de haute trahison 9 encore trop souvent improvisés par les gouvememens de notre siècle, pour attérer un parti expirant, plus digne d'ail* leurs d'admira^tion que d'opprobre , de compassion que de haine , ou pour opposer un frein à des idées que quelques con' cessions auraient modérées, mais que la punition doit exaspérer. — Qu'a gagné le gouvernement de France par ses mesures sanglantes à TépoqUe de la restauration? Qu'a-t-il gagné par le m£|5sacre des Ney , des La Bedoyère et de tant d'autres victimes de la réaction et de Terreur qui £\ii pendant si long-temps chère aux guerriers français ? Qu'a gagné l'Angleterre au siècle passé, par le supplice du brave amiral Byng? Que vient encore tout récemment de gagner la Russie par l'exécution de quelques prétendus conspirateurs ?....
S'il est nécessaire que le coupable soit puni , il est également indispensable que la peine serve d'avertissement à ceux qui seraient tentés de l'imiter. Celui qui , parvenu sur l'échafaud , récupère ses droits à l'admiration et à l'estime de se» concitoyens , n'est pas puni ou l'est injustement; son rôle devient trop beau pour que son supplice présente un exemple salutaire ; on l'aui'ait livré sans pitié à une peine modérée , un châtiment inhumain en fait une victime.
KOTE IV.
Je ne pais m' empêcher de rappeler encore ici un passage d Téloquent plaidoyer de M.£. Livingston en faveur de Tabol tion de la peine capitale : « Si l'application de la peine de mort dit-il , devient par sa rareté un cas extraordinaire , elle pn duit sur le peupleun effet très-singulier. Le patient, quelqu soit son crime, devient un héros ou un saint ; il fixe Tattentio publique, il excite la curiosité, l'admiration, la pitié générale la charité prévient ses besoins, la religion déploie sa puissance et au moyen de ses purifications , ayant lavé de toutes les soui lures de l'iniquité le scélérat assassin ( jugé indigne d'existé isur la terre ) , le présente à la vénération pubfique comm un candidat prédestiné aux joies du paradis. Les exhortation et les prières l'élèvent au-dessus des frayeurs de la mortL pécheur converti est Tobjet des attentions les plus recherchée des dévots , des femmes , des riches et des grands ; sa priso; devient un lieu de pèlerinage , lui-même un saint martyr son dernier regard est examiné avec une solhcitude affiec tueuse ; ses dernières paroles sont soigneusement recueillie et retenues , et après qu*il a subi Tignominieuse sentence de I loi , le corps du coupable , qui vécut dans le crime et mouru dans l'infamie , est révérencieusement et pompeusement ac compagne au lieu de sa sépulture par un convoi qui ne d< parerait pas les obsèques d'un patriote ou d'un héros. »
it Ce tableau, quoique fort en couleur, est peint d'après n< ture ; les habitans d'une de nos plus polies et de nos plus ri ches capitales en ont fourni l'original , et quoique des senti mens aussi exaltés ne soient pas toujours excités ou soiei prudemment réprimés , ils sont dans la natui^e ; et à quelqu degré qu'ils existent, on ne peut douter qu'ils ne contreb^