CHAPITRE V
ancent le bon effet qu'on se propose de produire par ce mode le punition. »
NOTE V
La première fois que M. Whitefield visita l'Ecosse, la plus ^ande partie des citoyens l'accueillit à Ëdinbourg avec une joie qui approchait du délire. Un malheureux dont les lois offensées demandaient la mort , devait être exécuté le lendemain de son arrivée. M. Whitefield se mêla à la foule assemblée au lieu du supplice et parut très-charmé de la solennité et du décorum avec lesquels se passa la scène la plus terrible que paisse of&ir la nature humaine. Sa présence avait attiré sur lui tous les regards, et les opinions étaient diversement partagées sur les motifs qui avaient pu l'exciter à assister à un tel spectacle. Le lendemain, jour de dimanche , il prêcha devant uae grande multitude d'hommes, de femmes et d'enfans , dans un champ près de la ville. Dans le cours de son sermon il fit allusion à l'exécution qui avait eu lieu le jour précédent : « Je sais , dit-il , que plusieurs d'entre vous trouvent de la difficulté à concilier la démarche que j'ai faite hier avec la natui*e de mon ministère ; je sais que plusieurs d'entre vous diront que mes moments auraient été plus utilement employés à prier pour le malheureux coupable , qu'à l'accompagner jusqu'à l'arbre fatal ; que la curiosité était peut-être la seule cause de ma présence dans cet endroit ; mais ceux qui m'attribuent ce motif peu charitable se trompent : j'ai examiné attentivement la conduite et la contenance de chaque assistant à cette triste solennité et mon cœur s'est réjoui. Dès lors j'ai conçu l'opinion la plus favorable du peuple écossais. Tout en vous décelait la plus vive sympathie et cette sympathie rêvé- ; lait la bonté de vos cœurs ; surtout lorsque le moment arriva où votre infortuné semblable allait fermer pour toujours les
yeux à la lumière , émus par un même sentiment , vous aves tous détourné la tête et vous avez pleuré.... Ces larmes étaienl précieuses, et toujours j'en conserverai le souvenir (i).... » Je fus témoin en Belgique d'un spectacle également attendrissant , et je plains la nation chez laquelle l'exécution d'un coupable , au lieu d'exciter la compassion , n'est que l'occasion d'une satisfaction féroce ou d'une insensibilité peut-être encore plus déplorable.
NOTE VI
Les législateurs croient avoir tout concilié en abolissant les tortures, les roues et les bûchers ; la justice et l'intérêt social, les égards dûs à la sensibilité de nos mœurs actuelles , l'humanité pour le coupable : par surcroît de zèle ils se sont même livrés à des recherches laborieuses sur le mode le plus susceptible d'infliger la mort avec le moins de douleur possible : les minutes et même les secondes de souffrance probable ont été scrupuleusement comptées ; on a consulté les honunes de l'art, pour s'assurer si dans l'étranglement par suspension la faculté de sentir est bientôt arrêtée, si le sentiment cesse avant que les agitations convulsives du patient soient terminées; s; dans la décapitation la sensibilité dure au-delà de l'opération, si elle se conserve dans le prolongement de la naoelle épimère , ou dans le cerveau, etc. Mais ce n'est pas là où. l'on aurait dû s'arrêter : l'humanité demandait quelque chose de plus que ce froid empressement à retrancher quelques instans de douleur physique de l'existence du patient. Pour juger de ses véritables tourmens, il fallait l'accompagner devant ses
(i) Opinions upon the punishment of death,se]ected hy B. Montaeu^ t, 3, p* 25a.