‹ De la peine de mortChapitre 8 sur 163 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

prouver que la peine de mort est moins efficace qu'on ne le croit généralement ; que s'il faut des châtimens pour empêcher le mal , pour forcer au bien , il est d'autres moyens d'atteindre ce but , de frapper le criminel , de rassurer la société ^ que même dans le cas d'une égale efficacité , l'intérêt de la morale , de l'humanité , réclame impérieusement Tadoption de tout autre remède que la destruction : j'ai voulu prouver que l'ancienneté , que l'universalité de l'infliction de la peine de mort , ne prouvent rien en faveur de sa justice 5 de son utilité j qu'on n'a pas le droit de la tenir pour nécessaire, en vertu de la seule expérience, avant d'avoir tenté l'expérience contraire j que même, indépendamment de toute expérience , elle est mau-

cher au supplice, ils terrèrent la main aux shërifls, les remercièrent de leurs bons proce'de's, ainsi que le concierge Wooner, et se recommandèrent à leurs prières. A huit heures et quart ils furent conduits à Techafaud. Qayes y monta le premier. A l'instant où Goulby parut sur la plate-forme , plusieurs des assistans poussèrent des cris perçans , au milieu desquels on distingua ces mots : u Oh ! pauvre James ! malheun reux jeune homme! Dieu ait pitié de vous, pauvre enfant entraîné npar de mauvais exemples! » En ce moment deux personnes qui se trouvaient dans la foule, tombèrent évanouies, et il fallut les transporter dans une maison voisine. Goulby répondit par une inclination , et levant les mains au ciel , il fondit en larmes. Alors on abaissa le bonnet sur sa figure. A mesure que ses malheureux compagnons montaient sur réchafaud, des cris non moins douloureux, poussés par quelques-uns de feurs parents ou de leurs amis, partaient du milieu de l'assemblée; scène déchirante qui produisit une grande agitation parmi le peuple. Qoyea porta nés mains à ses lèvres, et salua plusicurit fuis les spectateurs

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vaise en elle-même , qu'elle répugne à tous les sentimens , qu'elle blesse la conscience , qu'elle est condamnée par la nature, par la religion. — Les;chapitres où j'ai tâché d'établir ces vérités , ne sont que des cadres , destinés à classer , à lier des faits incontestables , que j'ai cru propres à être compris par toutes les intelligences , à éclairer toutes les opinions j c'est surtout par ces faits que "j'ai voulu parler ; ces faits, je les ai rencontrés partout ; si je n'avais craint de trop grossir mon livre , je les aurais multipliés ; au lieu d'un exemple , j'en aurais donné dix , cent ; ces faits tout le monde peut comme moi , les recueillir , les combiner j c'est sur eux que j'ai fondé ma conviction ; qu'on y mette un peu de bonne volonté , de persévérance et Tonne pourra manquer de parvenir aux mêmes résultats.

endUant : u le ciel vous bénisse tous ! iiUemotion générale s'accrut encore lorsque Tezécuteur ajusta les cordes au cou des patiens , et les clameurs devinrent si fortes , que les shérifs, sensiblement affectés , se retirèrent dans le vestibule de la prison. A huit heures et demie la planche £itale tomba et les coupables furent lancés dans l'éternité.... )>

Quel était le crime de ces six infortunés 7 Sans doute ils avaient lOoiUéleurs mains du sang de leurs parens ; sans doute ils avaient violé tout ce que les lois divines et humaines ont de plus sacré ? Non; ils n'étaient coopables que de quelques vols, dont la valeur réunie ne s'élevait pas à loo livres sterling £t c'est à Londres , pendant le mois de

^rier de l'année 1827, que ce massacre judiciaire eut lieu ! £t les légis- Itteursyles juge8,les jurés, les accusateurs, les témoins dorment tranquille! £t la clémence royale elle-même fut invoquée en vain! Ici l'ame n'a pas de cri assez énergique pour exprimer tout ce qu'elle ressent de doulen* , de répugnance , d'indignation....

Miv INTRODUCTION.

Ons'apercevra que j'ai toujours plus ou moins rafe^ taché mes raisonnemens à l'idée morale et consolante, que le maintien delà sécurité publique dépend plutôt des] moyens de prévenir les offenses 5.que de ceux de les punir j que cette prévention ne dépend pas uniquement de l'opération immédiate de la crainte ; . que cette crainte , si quelquefois elle est, utile , n'est qu'un moyen entre cent , d'atteindre le but proposé. Les siècles passés , les temps actuels nous le révèlent ; l'homme ne peut être guidé , retenu par la menace , par la rigueur des châtimens ; mais on peut tout sur lui à l'aide de mesures modérées et bienveillantes : ce n'est pas à la lâcheté , à l'avilissement qu'il faut parler j c'est à la conscience , c'est à l'honneur , c'est à la vertu 5 c'est à tout ce que la raison peut avoir de lumières 5 le cœur ,. de sentimens nobles et généreux. On l'a dit mille fois , et je le répète ; la plus, puissante garantie de la société , repose sur les idées de justice et d'humanité, que la nature grava dans toutes les âmes, que toutes les institutions devraient tendre à fortifier ; c'est à leur oubli , c'est à leur mépris qu'il faut attribuer le plus grand nombre des crimes , et cela malgré les échafauds , malgré les tortures , malgré les supplices les plus infernaux inventés pour martyriser , pour déchirer , pour massacrer les hommes. Que le pouvoir se pénètre bien de cette vérité : en supposant ;même, que le supplice capital soit justifié , l'ouverture d'une seule école primaire , l'amélioration du régime moral

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d'une seule prison , peuvent produire plus de véritable bien-être que l'extermination journalière d'une multitude de malfaiteurs ; l'éducation , l'instruction , l'amour du travail , de l'ordre , de l'économie , répandus dans les basses classes , peuvent suppléer à Tinefficacitéde toutes les sanctions pénales. Le respect pour l'existence des hommes, dépend surtout de l'aversion pour l'homicide j c'est cette aversion qu'il faut réveiller , exciter sans cesse , et l'on ne pourra croire sous ce rapport à la nécessité des lois de mort , tant qu'il ne sera pas prouvé qu'il faut des bourreaux et du sang répandu , pour amortir le feu des passions , pour détruire les haines , pour conjurer les vengeances , pour réconcilier les ennemis , pour pénétrer les âmes de la nécessité de ces égards , de cette bienveillance qui doivent lier les citoyens, qui doivent en faire un peuple d'amis et de frères.

L'importance de ce sujet m'entraîne ; plus j'y réfléchis et plus je me pénètre de la nécessité d'insister sur ces vérités que l'on méconnaît encore , que l'on oublie ou que l'on semble mépriser : je voudrais arracher ici les esprits à cette insouciance funeste qui perpétue tous les préjugés , toutes les erreurs ; je voudrais surtout réveiller le pouvoir , et lui rappeler la plus sublime des missions, celle de travailler à la gloire, au bonheur des peuples , au bien - être des moindres citoyens* Nous sommes dans ces temps à la fois actifs et paisibles où l'on peut discuter des principes , réformer des

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