CHAPITRE V
ait une exécution ; il était nuit , le patient hurlait sur la roue , a douleur lui arrachait des jtiremens et des imprécations ; 'ivrogne levant la tête vers Téchafaud , prend pour lui ces Djures , et dit tout haut : « Ce n'est pas tout que d'être roué y lljaut encore être poli.» Paris s'aniouracha de ce mot insensé ; il fit fortune dans tout les cercles.
Lors du supplice de Damiens , un académicien fendit la presse avec beaucoup d'efforts , pour voiç de plus près les tortures ingénieuses des bourreaux. Le maître exécuteur, dit des hautes œuvres , l'aperçut ; il dit : u Laissez passer Monsieur , €*est un amateur, n Encore un qiot qu'on cita çn riant , et à tous propojS.
Madame du Châtelet voyant M. de Voltaire triste , et ne di sant mot depuis plusieurs jours , dit à la compagnie , qui lui demandait ce qu'il pouvait avoir : u p^ous ne le dei^ineriezpas^ mais je le sais^ Depuis trois semaiines on ne s'entretient dans Paris que de l'exécution de ce fameux voleur , mort avec tant de fermeté; cela ennuie M, de Voltaire y à qui l'on ne parle plus de sa tragédie ; il est jaloux du roué (i). Voilà les détestables plaisanteries , les plaisanteines des bour • reaux, qui circulèrent pendant long-temps dans toutes les bouches, au sein même de la capitale du monde civilisé! Mais on sait aussi qu'alors , quand il y avait une exécution remarquable ou un criminel fameux, le beau monde accourait à cet odieux spectacle , comme la plus vile canaille ; on sait que les dames les plus comme il faut , assistèrent à l'exécution de Damiens , et ne détachèrent que les dernières leurs regards du supplice le plus horrible et le plus dégoûtant que la barbai'ie ait jamais imaginé pour venger les rois j on sait que ce jour là même on joua à la Grève^quony jouadeVargent^ en
(i) Mercier, Tableau de Paris.
attendant Thuile bouillante , le plomb fondu , les tenaiUei rougiesaufeuet les quatre chevaux qui devaient enfin écarte* 1er l'assassin. — Faut-il donc s*étonner d un cynisme qui n'était que la conséquence toute naturelle de la nature des sanctions pénales ? Faut-il s'étonner que le Français méconnut alors h voix de l'humanité , lorsque le législateur lui-méftie le forçait en quelque sorte à devenir cruel , en le ramefnant sans cesse devant ses échafauds ?
On a déjà beaucoup gagné ici dans l'intérêt de la morale, en restreignant l'emploi du supplice capital ; mais , si l'oii ne décrète son abolition , qu'on ne croie pas à la possibilité d'extirper absolument la plus infâme des habitudes. Tant que le peuple sera appelé à des spectacles sanglans, il conservera dans l'esprit cette infirmité déplorable qui doit paralyser l'action salutaire des institutions les plus libérales, créées en sa faveur; tant qu'on ne lui aura pas inculqué le sentitnent divin de l'humanité , son langage ne pourra être celui d'un peuple libre , qui ne doit rien exprimer qui sdt indigne de son caractère.
Si l'on y réfléchit , dit un écrivain dont j'ignore le nom, on verra que souvent l'on a porté la peine d'avoir maintenu la plus nombreuse partie des nations dans un éloignement total
d'un certain ordre d'idées justes et de sentimens honnêtes. Un peuple qui se joue des sentimens cruels dans Be& expressions , ne peut être retenu par des idées de justice dans ses vengeances ; et dans ce sens on peut dire hautement, que tant de juges si sévères des actions cruelles chez le peuple , méritent d'en être regardés eux-mêmes comme les véritables complices.
NOTE X
L'échafaud n'est que trop souvent l'école du scélérat. Qu'on rinten*oge , qu'on le suive dans la carrière de se^ forfaits, et