CHAPITRE Vf
ainel , et les compagnons de son forfait n'auront pas un nstant de repos ; le repentir, le désespoir, la vengeance m le hasard finiront peut-être par lui arracher des aveux mportans ; il dénoncera ceux qui l'ont trahi , qui l'ont ibandonné^ il les dénoncera dans l'espoir d'obtenir un adoucissement à sa peine : son héroïsme pourra braver Téchafaud , mais il résistera rarement aux ennuis et aux privations d une longue captivité. — Quel châtiment offre donc une garantie plus e£Scaceà la société ? Celui qui en exterminant un criminel désormais incapable de nuire, assure peut-être l'impunité à plusieurs coupables dangereux , ou bien celui qui, en conservant ce même criminel , menace sans cesse ses complices , offre un moyen presque infaillible de les découvrir et de les mettre un jour dans l'impossibilité de commettre désormais de nouvelles offenses ?
La peine de mort dépouillée de toute torture accessoire a aussi le défaut d'être incapable d'augmentation et de diminution ; ainsi elle frappe également celui qui porta une main sacrilège sur son père , et celui qui dans Un moment de fureur tua son ennemi ; la fille séduite qui, dans un accès de désespoir, sacrifia l'instinct de la nature à la voix de Thonneur, et l'épouse dénaturée qui peutêtre pour satisfaire la plus vile des passions , ne craignit pas d'égorger son enfant. — Elle n'offre aucun motif de s'abstenir d'une plus gi*ande offense , aucun moyen de la punir ; ainsi l'assassin ne doit pas craindre de se délivrer d'un témoin incommode par un second assassinat ; sans avoir à redouter l'augmentation du châtiment^ peut-être ne fait-il au contraire que fortifier par ce nouveau crime , les chances d'y échapper.
La peine de mort est non-seulement irrémissible^ elle est de plus irréparable. Mous ne pouvons parcourir les annales sanglantes des tribunaux sans frémir d'efiroi. Que de victimes immolées par rignorance, le fanatisme ou la fatalité des événements ! que de malheureux dont Tinnocence ne fut reconnue qnaprès leur supplice! que d'injustices, que d'atrocités peut-être encore ensevelies avec ceux qu elles accablèrent! L*énumération des meurtres judiciaires remplirait des volumes entiers ; c'est là qu*on verrait écrits en caractères de sang les noms odieux de ces législateurs qui se jouèrent si cruellement de l'existence des peuples , de ces fanati* ques religieux et politiques qui ne se complaisaient qn an milieu des bûchers et des échafauds , de ces juges igno* rants et prévaricateurs qui^ sur les moindres présomptions, souvent même contre l'évidence , ne craignirent pas de dicter leurs arrêts de mort ; de ces faux témoins qui prêtèrent leur affreuse complaisance aux passions les-plos viles , aux iniquités les plus révoltantes. — Mais jetons un voile sur ces siècles de barbarie : l'esprit humain an milieu de tant d'abus, se perdait comme dans un abimesans fond ; les lois ne présentaient alors qu un vaste labyrinthe dans lequeir homme le plus intègre lui-même ue jK)uvait manquer de s'égarer. Elevés aujourd'hui à 1 école del'ex* périence , instruits par l'erreur elle-même , nous nous sommes frayés une route nouvelle , nous avons régularisé la marche des tribunaux, nous leur avons imposé desr^les claires et équitables , nous les avons entourés de garanties puissantes ; une civilisation avancée nous prête son soutien ; l'humanité et les ludiières pénètrent dans toutes les classes delà société ; — et cependant , je ne sais quel doute